COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 125
juin 1998

Fumer réduit le risque de cancer du sein chez un petit nombre de femmes dont un gène est muté.
Les chercheurs ne recommandent pas de fumer, les risques dépassant les avantages.

La fumée du tabac réduit le risque de cancer du sein de 50% chez un tout petit nombre de femmes génétiquement prédisposées à la maladie, selon une nouvelle étude publiée par le Journal of the National Cancer Institute (JNCI) américain.

Seule une femme sur 250 porte l'un des gènes hérités mutés, le BRCA1 ou le BRCA2, dont la fonction normale n'est pas encore entièrement élucidée, mais 80% des femmes porteuses de l'un de ces gènes mutés sera atteinte d'un cancer du sein avant l'âge de 70 ans.

"La protection associée au tabagisme augmentait avec la quantité de tabac fumée (chez les femmes porteuses du gène muté)" selon l'article du JNCI, cosigné par tous les chercheurs participant à l'étude. "La réduction du risque associée à une consommation allant jusqu'à quatre paquets-année (un paquet-année équivaut à la consommation d'un paquet de cigarettes par jour pendant un an) était de 35%, et de 54% pour une consommation supérieure."

"Cette étude ne doit pas pousser les femmes à commencer ou à continuer à fumer, les effets nocifs du tabac étant dévastateurs", selon le Dr Paul Kleihues, Directeur du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui fait partie de l'Organisation mondiale de la Santé, et qui participait à l'étude. "Aux Etats-Unis et dans certains pays européens, autant de femmes meurent d'un cancer du poumon imputable au tabagisme que de cancer du sein".

Les chercheurs pensent que le tabagisme influence le métabolisme des Ïstrogènes, une hormone sexuelle féminine dont on pense qu'elle intervient dans le développement du cancer du sein. La réduction du risque de cancer du sein chez les fumeuses ayant un gène muté peut être associée à des niveaux moins élevés d'Ïstrogènes circulants.

"Nous pensons que nos données donnent une indication d'un effet protecteur du tabagisme vis-à-vis du cancer du sein chez les porteuses du BRCA1 et du BRCA2", affirme l'article, qui ajoute : "L'ampleur de la réduction du risque était importante et la possibilité que ces résultats soient le fruit du hasard est tout à fait improbable".

"Nos recherches peuvent mener au développement de médicaments qui réduisent le risque de cancer du sein, sans aucun des inconvénients que comporte le tabagisme, tout d'abord pour les femmes génétiquement prédisposées, et peut-être plus tard pour toutes les femmes", déclare le Dr Steven Narod, Président du Centre de Recherche sur le Cancer du sein au Centre de Recherche sur la Santé des Femmes, au Women's College Hospital à Toronto, qui coordonnait l'étude.

Le cancer du sein est le cancer féminin le plus fréquent dans le monde. Dans les pays occidentaux, une femme sur neuf est susceptible de faire la maladie. Cependant, le gène muté n'est responsable que de 2% de tous les cas de cancer du sein. Un certain nombre de facteurs de risque ont été identifiés comme influençant le développement du cancer du sein, y compris les habitudes alimentaires, le mode de vie reproducteur et l'exposition aux rayonnements.

"Ces résultats doivent être confirmés dans d'autres enquêtes", selon le Dr Kleihues. "Cette étude peut cependant nous permettre de mieux comprendre comment certains cancers se forment et comment on peut les prévenir."

Des études antérieures ont montré que les fumeuses ont également un risque plus faible de cancer de l'endomètre, un autre cancer hormono-dépendant. Mais d'autres études montrent que les femmes qui fument courent un risque beaucoup plus élevé de cancer du poumon.

Dans l'étude en question, intitulée "The Effect of Smoking on Breast Cancer in BRCA1 and BRCA2 Carriers', les chercheurs ont comparé 186 femmes, aux Etats-Unis et au Canada, qui portaient l'un des gènes mutés et qui étaient atteintes de cancer du sein, à 186 autres femmes du même âge porteuses du même gène muté, mais n'ayant pas fait de cancer du sein, un type d'étude appelé "étude sur cas-témoins appariés".

Les chercheurs ont compilé les informations portant sur l'histoire de tabagisme sur la vie entière de chacun des 186 cas de l'étude à partir d'un questionnaire, qui ont ensuite été comparées aux données concernant les 186 témoins sains appariés.

Pour déterminer l'exposition à la cigarette sur la vie entière, la durée du tabagisme a été multipliée par la consommation quotidienne moyenne de cigarettes indiquée pour la période, à l'aide d'une mesure normalisée appelée paquet(s)-année. Un paquet-année correspond à un paquet de cigarettes fumé par jour pendant un an.

L'âge moyen au diagnostic du cancer du sein chez les malades participant à l'étude était de 39,6 ans. L'âge moyen des cas était de 49,7 ans au moment où ils ont pris part à l'étude. Les témoins avaient le même âge moyen de 49,7 ans.

"Le tabagisme n'a pas été identifié comme facteur de risque de cancer du sein chez les femmes de la population générale", selon le Dr Gilbert Lenoir du CIRC. Le Dr Lenoir coordonnait l'un des centres effectuant le séquençage direct de l'ADN des participantes, qui confirmait la détection des mutations initialement effectuées par un certain nombre de techniques pour identifier les femmes affectées par des gènes mutés.

Cette étude a bénéficié du soutien des US National Institutes of Health, de la Canadian Breast Cancer Research Initiative, du US Department of the Army, du Canadian Genetics Diseases Network, du Canadian Breast Cancer Foundation (Chapitre de l'Ontario), du Fonds de la Recherche en santé du Québec et du Women's Cancer Program du Dana Farber Cancer Institute. L'article paraît dans le numéro du mois de mai du Journal of the National Cancer Institute.

Puisqu'il est possible que l'effet observé du tabagisme puisse être attribué à d'autres facteurs, une "analyse appariée à variables multiples" a été réalisée. Les cas étaient appariés aux témoins selon qu'ils étaient nés à moins d'un an d'intervalle. Les chercheurs ont déterminé le risque relatif approché (odds ratio) de développer un cancer du sein pour les fumeuses par rapport aux non-fumeuses à l'aide d'une "régression logistique conditionnelle" pour les ensembles appariés, après correction pour d'autres facteurs de risque connus. La régression logistique conditionnelle est une méthode statistique de correction pour d'autres facteurs potentiels comme l'âge, les facteurs reproductifs, ou la géographie. Correction faite, les chercheurs obtenaient toujours la même réponse : le risque de cancer du sein chez les fumeuses était approximativement deux fois moins élevé que chez les non-fumeuses. Aucune autre variable n'était aussi importante que le tabagisme pour prédire le risque de cancer du sein.

Le cancer du sein héréditaire est tout d'abord une maladie des femmes en préménopause, et les interactions entre les gènes, les facteurs de risque hormonaux et environnementaux peuvent être particulièrement importants pour ces personnes. L'incidence du cancer du sein par âge, chez les porteuses du BRCA1, atteint un pic vers l'âge de 45 ans, par contraste avec les non-porteuses, pour qui le risque continue d'augmenter après la ménopause. Il est possible que ce type de démarrage du développement tumoral s'explique par une interaction entre les hormones ovariennes et la prédisposition génétique.

 

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