COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 127
19 septembre 1998 

Une étude internationale sur les effets sanitaires des téléphones portables va être lancée

Une étude internationale dont l'objectif est de découvrir si les téléphones portables peuvent provoquer le cancer du cerveau est faisable. C'est là la conclusion d'un groupe international de chercheurs qui s'est réuni au Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) à Lyon du 1er au 2 septembre, grâce au soutien du National Radiation Protection Board du Royaume-Uni. Les chercheurs, venus de 10 pays différents, ont passé en revue les résultats des études préliminaires menées en Allemagne, en Australie, au Canada, en France, en Israël, en Italie, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni et en Suède. Ces études ont montré qu'il y avait eu une utilisation suffisamment importante de téléphones portables par le passé dans ces pays pour permettre de mettre en évidence, s'il existe, un risque de cancer lié à leur utilisation.

Le docteur Elisabeth Cardis, Chef du Service Rayonnements et Cancer au CIRC, a précisé qu'en moyenne 2% environ des adultes étaient des utilisateurs de téléphones portables en 1992 dans les neuf pays où les études de faisabilité avaient été réalisées. Cette utilisation était pour la plupart le fait de personnes âgées de 25 à 54 ans; dans ce groupe, on comptait une moyenne de 4% d'utilisateurs parmi les régions étudiées. "Nous devions nous assurer que nous disposions d'un nombre suffisant d'utilisateurs il y a cinq ans ou plus", a déclaré le docteur Cardis. "Si les téléphones portables affectent le risque de cancer, cet effet ne sera probablement pas décelable sur une durée inférieure à cinq ans environ à partir de la première utilisation".

Le groupe international a indiqué qu'il disposerait d'un nombre suffisant de cas de tumeurs cérébrales dans les populations qui peuvent être étudiées dans les neuf pays pour mettre en évidence un effet même faible de l'utilisation des téléphones portables, s'il y en a un. Globalement, on estime que l'étude inclura plus de 3000 personnes atteintes de tumeurs cérébrales et 3000 témoins sains sélectionnés dans les mêmes groupes de population. Les chercheurs estiment que ces personnes seront probablement en mesure de se rappeler leur utilisation de téléphones portables de façon suffisamment précise pour l'étude. Il sera plus difficile d'évaluer le niveau d'exposition aux radiofréquences émises par les téléphones. On fera cependant un effort pour estimer aussi cette exposition.

Les études de faisabilité ont été réalisées suite aux recommandations d'experts, réunis en 1997, de mener une étude cas-témoins sur le risque éventuel de tumeurs du cerveau, de la glande parotide (une glande salivaire située dans la joue) et du nerf auditif (le nerf reliant l'oreille au cerveau) lié à l'utilisation des téléphones portables. Le cerveau, la glande parotide et le nerf auditif sont, en effet, parmi les tissus les plus exposés aux radiofréquences pendant l'utilisation d'un téléphone portable. La réunion d'experts de 1997 était organisée par l'Organisation mondiale de la Santé, la Commission Internationale De Protection Contre Les Rayonnements Non Ionisants et les gouvernements allemand et autrichien en réponse aux inquiétudes du public selon lesquelles l'augmentation croissante de l'utilisation des téléphones portables pourrait constituer un danger pour la santé.

Les travaux vont maintenant commencer sur un protocole d'étude détaillé et sur l'élaboration et la validation d'un questionnaire. Les chercheurs participants tâcheront de réunir les fonds nécessaires à l'étude auprès d'organismes locaux et nationaux de financement de la recherche ainsi que d'organisations internationales. Les travaux devraient démarrer fin 1999 ou début de l'an 2000. Les premiers résultats devraient être connus en 2003 ou 2004.

On ne dispose actuellement d'aucune indication directe attestant un lien entre l'utilisation des téléphones portables et le cancer. Il existe certaines indications selon lesquelles les personnes exposées en milieu professionnel à des niveaux élevés d'énergie de radiofréquences d'autres sources que les téléphones portables pourraient courir un risque accru de leucémie et de tumeurs cérébrales. "Le public ne doit pas croire que l'augmentation des taux de tumeurs cérébrales qu'on observe aujourd'hui dans le monde entier est nécessairement liée à l'utilisation des téléphones portables", selon le docteur Bruce Armstrong (Président du groupe international et Directeur du Centre d'Information pour la Lutte contre le Cancer, Sidney, Australie). "Ces augmentations, qui sont les plus marquées chez les personnes de plus de 60 ans, ont généralement démarré avant que l'utilisation des téléphones portables ne se généralise. Même aujourd'hui, les personnes dans ce groupe d'âge sont des utilisateurs très occasionnels de téléphones portables. En fait, nous ne disposons d'aucune indication selon lesquelles l'utilisation de téléphones portables est liée aux tumeurs cérébrales. Si c'était néanmoins le cas, le risque pour un utilisateur individuel serait probablement très faible".

L'étude de faisabilité a été lancée en raison de l'inquiétude exprimée par le public devant l'utilisation croissante des téléphones portables. Si un risque existe, au niveau individuel il est probablement faible; il est néanmoins important de l'étudier pour des raisons de santé publique.


Pour plus d'information, contacter Nicolas Gaudin, IARC Communications ()



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