COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 129
24 septembre 1999 

SURVIE DES CANCEREUX EN EUROPE

Un projet européen de surveillance de l'impact du cancer en Europe

Le projet EUROCARE rassemble 45 registres du cancer européens, répartis dans 17 pays. Son but est d'évaluer et de comparer la survie des cancéreux dans les populations européennes, et d'expliquer les différences géographiques et les tendances chronologiques de cette situation. Le projet est financé par le programme Biomed de l'Union européenne.

Survie améliorée depuis 1985

L’étude publiée aujourd'hui par le CIRC analyse les données disponibles les plus récentes concernant les malades diagnostiqués entre 1985 et 1989 dans 17 pays européens, et suivis jusqu'en 1994. Par rapport aux malades diagnostiqués entre 1978 et 1985, le taux de survie à cinq ans a augmenté de 40 à 50% pour le cancer du côlon/rectum, de 69 à 77% pour le mélanome, de 68 à 75% pour le cancer du sein, de 80 à 92% pour le cancer du testicule, de 64 à 72% pour la maladie de Hodgkin et de 44 à 54% pour les lymphomes non hodgkiniens. Mais certains cancers sont toujours des maladies hautement mortelles : la survie est toujours aussi uniformément faible pour plusieurs localisations fréquentes comme le poumon, le pancréas et l'œsophage, pour lesquelles la survie à cinq ans est inférieure à 10%. Pour ces maladies là, aucune amélioration significative de la survie n’a été notée.

Près de la moitié de tous les cancéreux sont encore en vie cinq ans après diagnostic

Globalement en Europe, 43% des malades chez qui on a diagnostiqué un cancer à la fin des années 80 (hormis un cancer cutané non mélanome) étaient encore en vie cinq ans après diagnostic (35% des hommes et 50% des femmes). Mais pour la plupart des cancers, la survie à cinq ans n'est pas synonyme de guérison : même 10 ans après diagnostic, on constate encore un excès de mortalité dû au cancer. On peut néanmoins avancer qu'aujourd'hui, plus d'un tiers des cancéreux européens guérissent de leur cancer.

Variations géographiques

En général, la survie est beaucoup plus faible dans les pays d'Europe orientale qu'en Europe occidentale. Un des résultats les plus marquants du projet est cependant qu'en Europe occidentale on peut aussi faire encore des progrès. Pour de nombreux cancers, notamment lorsque le diagnostic précoce est un déterminant majeur de pronostic favorable, la survie était supérieure dans les pays du nord (Finlande, Islande, Suède), moyenne en Europe continentale (Allemagne, Autriche, Espagne, France, Italie, Pays-Bas et Suisse) et plus faible au Danemark et au Royaume-Uni. Les taux de survie les plus élevés ont le plus souvent été enregistrés en Islande, en Suède (registre du cancer de Suède méri-dionale), en Suisse (registres de Genève et de Bâle) ou aux Pays-Bas (registre d'Eindhoven). La survie des malades souffrant de mélanome était plus élevée dans les pays scandinaves et au Royaume-Uni que dans les pays d'Europe méridionale.

A quelques exceptions près, la survie a augmenté dans tous ces pays, mais les variations indiquées ci-dessus semblent persister. En 1989, les différences de survie entre pays d'Europe continentale et d'Europe du nord s'estompaient pour les cancers du côlon/rectum et du sein, le mélanome cutané et la maladie de Hodgkin. La survie pour la maladie de Hodgkin et le cancer du testicule, qui répondent bien au traitement médical, était assez semblable dans tous les pays d'Europe occidentale.

La survie liée aux conditions socio-économiques

La comparaison entre les variations géographiques et les indicateurs démographiques, sociologiques et sanitaires montre qu'en général, la survie des cancéreux est plus élevée là où l'espérance de vie globale est plus grande. Les facteurs les plus significatifs qu'on associe à un pronostic favorable sont la part du PNB consacrée à la santé, la situation de l'emploi, et le nombre de lits d'hôpitaux et de scanners par million d’habitants. En Europe occidentale, ces facteurs semblent être responsables de plus de 70% des variations interpays de la survie pour le cancer de la prostate, 65% pour le cancer du sein, 60% pour le cancer du rectum et de 50% pour le cancer de l'estomac. Une part non négligeable des différences à l'intérieur même des pays vient probablement aussi de différences socio-économiques, comme cela a été montré au Royaume-Uni.

L'âge et le sexe sont des déterminants importants de la survie

L’âge et le sexe sont les autres déterminants principaux de la survie : la survie est inversement proportionnelle à l'âge au diagnostic pour pratiquement toutes les tumeurs dans tous les pays et, pour la plupart des tumeurs, les femmes survivent plus longtemps que les hommes, cette différence étant plus marquée dans les groupes d'âge les plus jeunes.

Prudence de l'interprétation

Les raisons expliquant les différences de la survie entre les pays, entre les différents groupes socio-démographiques et dans le temps sont toutefois complexes. Une meilleure survie peut être due à une meilleure prise de conscience de la population, à un diagnostic plus précoce ou à un traitement plus efficace. Dans sa prochaine phase d'activité, le projet EUROCARE s'attachera à déterminer la mesure dans laquelle les différences et les progrès de la survie sont dus à un meilleur traitement, et dans quelle mesure l'efficacité accrue du traitement résulte d'un diagnostic plus précoce. Ces recherches aideront les autorités sanitaires à prendre des mesures en toute connaissance de cause en ce qui concerne les investissements de ressources les plus efficaces.

Survival of Cancer Patients in Europe : The EUROCARE-2 Study, Eds : F. Berrino, R. Capocaccia, J. Estève, G. Gatta, T. Hakulinen, A. Micheli, M. Sant and A. Verdecchia, IARC Scientific Publications No.151, 1999 ; 550 pages. ISBN 92 832 2151 6, US$ 68. Commandes à IARCPress, adresse ci-dessous, ou mél à :

Pour plus d'information, contacter Nicolas Gaudin, IARC Communications ()
ou le Dr Franco Berrino, Tel: +39 02 70 60 1853



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