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Aide mémoire N° 257
Janvier 2001
URANIUM APPAUVRI
Uranium et uranium appauvri
- Luranium est un élément naturel que lon utilise entre autres pour la production de lénergie atomique. Luranium naturel renferme principalement trois isotopes1 , U-238, U-235 et U-234.
- Luranium appauvri est un sous-produit de lenrichissement de luranium (laccroissement de la teneur en U-235, lisotope fissile) dans lindustrie nucléaire, par lequel pratiquement tout lisotope radioactif
U-234 et environ les deux tiers de lU-235 sont enlevés. Il en résulte que luranium appauvri est presque exclusivement de lU-238 avec une radioactivité denviron 60 % par rapport à luranium naturel. Il peut également contenir des traces dautres isotopes radioactifs, incorporés pendant le processus.
- Des points de vue chimique, physique ou toxicologique, luranium appauvri a les mêmes propriétés que luranium naturel sous forme métallique. Dans les deux cas, les fines particules de métal senflamment facilement et produisent des oxydes.
(1Isotopes : des atomes ayant un même nombre de protons, mais un nombre différent de neutrons sont des isotopes).
Utilisation de luranium appauvri
- Parmi les utilisations pacifiques de luranium appauvri, on trouve la production de contrepoids pour les avions, et décrans de protection contre les rayonnements dans les services de radiothérapie ainsi que pour le transport des isotopes radioactifs.
- On l'utilise également pour le blindage des chars dassaut, les munitions antichar, les missiles et les projectiles à cause de sa forte densité, de son point de fusion élevé et de sa disponibilité. On considère que les armes à uranium appauvri appartiennent à larmement conventionnel et elles sont librement utilisées par les armées.
Inquiétudes suscitées par lutilisation de luranium appauvri
- Luranium appauvri est libéré, lors de lutilisation darmes, sous la forme de petites particules ou de poussières qui peuvent être inhalées, ingérées ou rester dans lenvironnement.
- Luranium appauvri libéré par ces armes pourrait avoir des conséquences sanitaires pour les populations habitant dans les zones de conflits du Golfe persique et des Balkans. Certains pensent que le « Syndrome de la guerre du Golfe » pourrait être associé à une exposition à luranium appauvri, mais aucune relation de cause à effet na encore été établie.
- De luranium appauvri a été répandu dans lenvironnement lors daccidents davion (Amsterdam, Pays-Bas en 1992 ; Stansted, Royaume-Uni en janvier 2000), suscitant linquiétude dorganisations gouvernementales et non gouvernementales.
Luranium appauvri et la santé
- Les effets de luranium appauvri sur la santé sont complexes car ils sont liés à la forme chimique du composé qui pénètre dans lorganisme. Les effets peuvent être chimiques et/ou radiologiques.
- On ne dispose que dinformations limitées sur les effets sanitaires et environnementaux de luranium sur la santé et lenvironnement. Toutefois, comme pour lessentiel les deux types duranium sont identiques, mis à part la teneur en isotopes radioactifs, les études scientifiques sur luranium naturel sappliquent aussi à luranium appauvri.
- En ce qui concerne les effets radiologiques de luranium appauvri, le tableau se complique puisque la plupart des données connues concernent les effets de luranium naturel ou enrichi sur la santé.
- Les effets sur la santé dépendent des modalités (ingestion, inhalation, contact ou lésions) et du niveau dexposition, ainsi que des caractéristiques de luranium appauvri (taille et solubilité des particules). La probabilité de la détection des effets éventuels dépend du cadre (militaire, civil ou professionnel).
Types dexposition
Lorganisme humain contient en moyenne 90 _g duranium provenant de labsorption naturelle daliments, dair et deau. On en trouve environ 66 % dans le squelette, 16 % dans le foie, 8 % dans les reins et 10 % dans les autres tissus.
- Lexposition externe survient en situation de proximité avec de luranium appauvri sous forme métallique (par exemple en travaillant dans une réserve de munitions ou dans un véhicule équipé de munitions ou ayant un blindage contenant ce métal), ou par contact avec la poussière ou les fragments produits à la suite dune explosion ou dun impact. Les effets imputables à lexposition externe (donc pas par ingestion, inhalation ou absorption percutanée) se limiteraient à des effets radiologiques.
- Lexposition interne survient lors de linhalation ou de lingestion. Dans le contexte militaire, les blessures représentent une possibilité supplémentaire dexposition si elles sont causées par limpact de projectiles ou de blindages renfermant de luranium appauvri.
Absorption de luranium dans lorganisme
- La plus grande partie de luranium pénétrant dans lorganisme (95 %) nest pas absorbée et sélimine par les selles.
- En ce qui concerne luranium passant dans le sang, environ 67 % sont filtrés par les reins puis excrétés dans les urines en 24 heures.
- Luranium se répartit dans les reins, les os et le foie ; on estime que le temps quil faut pour excréter la moitié de la quantité totale duranium absorbée dans lorganisme se situe entre 180 et 360 jours.
Risques pour la santé
Toxicité chimique : luranium entraîne des lésions rénales chez lanimal de laboratoire et certaines études font apparaître quune exposition à long terme pourrait avoir des conséquences sur la fonction rénale chez lêtre humain. Les lésions observées sont les suivantes : modifications nodulaires de la surface des reins, lésions de lépithélium tubulaire et augmentation de la glycémie et de la protéinurie.
Radiotoxicité
- La désintégration de luranium appauvri se produit principalement par émission de particules alpha qui ne pénètrent pas au-delà des couches cutanées externes mais qui pourraient affecter les cellules internes (qui sont plus sensibles aux effets ionisants de ce type de rayonnement) lorsque ce métal est ingéré ou inhalé. Lexposition à des rayonnements alpha ou bêta produits par les particules insolubles inhalées pourrait donc entraîner des lésions tissulaires au niveau des poumons et augmenter le risque de cancer pulmonaire. De même, on estime que labsorption dans le sang et la rétention dans dautres sites, notamment dans le squelette, pourraient y entraîner un risque supplémentaire de cancer, suivant le niveau des rayonnements. On pense néanmoins que le risque est faible pour de faibles niveaux dexposition.
- Jusquà présent, aucune étude épidémiologique na démontré deffets sanitaires liés à lexposition interne aux rayonnements ionisants émis par luranium appauvri. Les études limitées dont on dispose portaient sur des personnes exposées par ingestion ou inhalation, par contamination de lésions cutanées ou de blessures ainsi que sur des travailleurs du nucléaire exposés à luranium naturel ou enrichi.
Luranium appauvri pourrait-il être à lorigine de cas de leucémie chez les militaires ?
A l'échelle mondiale, lincidence de la leucémie chez l'adulte s'établit à environ 50 cas par million d'habitants et par an pour la tranche d'âge entre 20 et 45 ans, le chiffre exact variant d'un pays à l'autre. Si lexposition à luranium appauvri peut théoriquement entraîner un risque de cancer, il semble improbable que cela ait été le cas pour les militaires engagés dans les Balkans pour les raisons suivantes :
- Il faut en général attendre plusieurs années (au moins deux à cinq) après lexposition à des rayonnements ionisants pour que lon puisse déceler cliniquement une leucémie radio-induite.
- Si lon sait que les rayonnements ionisants peuvent provoquer la leucémie, le risque est proportionnel au niveau dexposition. Comme lexpérience la montré, environ la moitié des cas de leucémie observés chez les survivants des bombardements atomiques dHiroshima et de Nagasaki étaient imputables aux rayonnements gamma et à lexposition aux neutrons générés par le bombardement. En revanche, on pense que lon peut attribuer à une exposition externe aux rayons gamma seulement 10 % des décès par leucémie, mis au jour par une grande enquête multinationale sur les travailleurs de lindustrie nucléaire. En outre, si lon a établi une forte augmentation des cancers thyroïdiens chez lenfant après laccident du réacteur nucléaire de Tchernobyl, on na toujours pas décelé, 15 ans plus tard, daugmentation du nombre des cas de leucémie dans les populations exposées dans leur environnement dans les régions les plus contaminées.
- On na pas établi daugmentation radio-induite du nombre des leucémies chez les mineurs extrayant luranium ou chez les travailleurs impliqués dans le traitement du minerai en sortie de mine pour la fabrication de combustible des réacteurs nucléaires.
- On a calculé, en fonction de la quantité de poussière susceptible dêtre inhalée, que le niveau de dose de rayonnements ionisant reçus suite à linhalation et à lingestion de poussière contaminée par luranium appauvri dans les zones de conflit ne dépasse pas 10 millisieverts (mSv), même dans les conditions les plus extrêmes et peu après limpact des projectiles. Cela représente la moitié de la limite de dose annuelle pour les personnes travaillant dans lindustrie nucléaire. On pense que cette exposition ne peut entraîner quune légère augmentation du risque de leucémie, de lordre de 2 % par rapport à lincidence naturelle.
Sil paraît improbable, à la lumière des connaissances scientifiques actuelles, de déceler une augmentation du risque de leucémie chez les militaires dans les Balkans, liée à lexposition à luranium appauvri, lOrganisation mondiale de la Santé (OMS) ne dispose pas de suffisamment dinformations sur les circonstances dexposition dans le Golfe ou dans les Balkans pour en tirer des conclusions définitives. Une étude détaillée est nécessaire pour connaître le nombre de soldats exposés, les quantités duranium appauvri utilisées, les quantités qui restent en surface, les quantités enterrées, et la composition en particules de différentes tailles ; elle devra également déterminer si le nombre de leucémies chez les personnels militaires est effectivement supérieur à lincidence normale. Lorsque ces études auront lieu, il sera important de recueillir des informations sur tous les facteurs de risque possibles de leucémie (y compris les autres expositions environnementales).
Luranium appauvri dans lenvironnement
- Dans les régions arides, la plus grande partie reste en surface sous la forme de poussières. Il se disperse plus aisément dans le sol dans les régions où les précipitations sont plus abondantes.
- La culture sur des sols contaminés et lutilisation deau ou daliments contaminés pourrait entraîner des risques sanitaires, que lon estime cependant limités. La toxicité chimique devrait être plus préoccupante que lexposition aux rayonnements.
- Lors de la reprise des activités normales dans une zone de conflit, les populations peuvent être exposées à luranium appauvri par le biais d une contamination de lalimentation et de leau. De plus, à cause de leur curiosité naturelle, qui se traduit par une tendance à tout porter à la bouche, les enfants sont particulièrement exposés à lingestion duranium appauvri provenant du sol.
Normes
LOMS a publié des directives sur luranium pouvant également sappliquer à luranium appauvri. Actuellement, les Directives de qualité pour l'eau de boisson stipulent quune valeur de 2_g/litre est considérée comme assurant une protection contre les effets infracliniques sur le rein rapportés par les études épidémiologiques (OMS, 1998).
- La dose journalière admissible (DJA) pour lexposition orale à luranium est de 0,6_/kg de poids corporel (OMS,1998).
- Les limites de lexposition aux rayonnements ionisants se situent à 1mSv/an pour la population générale et 20 mSv/an en moyenne sur cinq ans pour les professionnels (normes de sécurité de base en matière de radioprotection,1996)
Activités de lOMS
- Un examen de lensemble de la littérature a été entrepris pour déterminer les conséquences sanitaires de lexposition à luranium et à luranium appauvri. LOMS fera paraître les résultats de cette recension dans une monographie à venir.
- Lun des buts de ce travail consistait à identifier les lacunes des connaissances justifiant de nouveaux travaux de recherche, afin de mieux évaluer les risques sanitaires pour lhomme lorsquil est exposé à luranium appauvri. Un groupe dexperts scientifiques de haut niveau sera réuni par lOMS pour examiner les besoins précis en matière de recherche et formuler des propositions de travaux à approfondir.
- LOMS continue de donner des avis à lEquipe spéciale des Nations Unies pour les Balkans (Programme des Nations Unies pour lEnvironnement - PNUE), ainsi que sur les conséquences éventuelles de la guerre du Golfe pour la santé et lenvironnement.
- Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) continue détudier les effets des expositions de faible niveau aux rayonnements ionisants afin daméliorer les bases scientifiques de la radioprotection. Le CIRC prévoit en particulier une étude destinée à évaluer lexistence ou non dune augmentation de la fréquence des cancers dans les populations exposées et parmi le personnel militaire ayant participé aux opérations dans le Golfe ou les Balkans et, si une augmentation est avérée, cette étude sattachera à étudier la part éventuelle que joue luranium appauvri dans cette augmentation.
Besoins en matière de la recherche
Pour linstant les besoins identifiés par la revue de lOMS sont les suivants :
- Améliorer notre compréhension de limportance des lésions rénales associées aux modifications de la fonction rénale (et leur réversibilité) dans les populations humaines soumises à différents niveaux dexposition à luranium.
- Enquêter sur les formes chimiques et physiques, le comportement physiologique, le lessivage et le devenir de certaines formes duranium provenant de diverses sources industrielles et militaires dans les cycles écologiques. Ces informations doivent être liées à une base de données complète sur le comportement physiologique et environnemental des composés de luranium.
- Améliorer notre compréhension, par des études scientifiques valables, des répercussions sur la reproduction et des effets mutagènes et cancérogènes de luranium et, par déduction, de luranium appauvri.
Recommandations
- Nos connaissances sur luranium appauvri sont encore bien incomplètes et davantage de recherches sont donc nécessaires. La coordination des travaux et des études de qualité seront indispensable pour obtenir des résultats valables qui permettront de mieux évaluer les risques et de formuler des recommandations plus précises sur les besoins de dépollution après les conflits.
- Compte tenu des incertitudes que nous avons sur les effets de luranium appauvri, il semble raisonnable dentreprendre des opérations de dépollution dans les zones dimpact où des particules radioactives sont restées en grand nombre. Sil y a de fortes concentrations en uranium appauvri, il pourra être nécessaire de boucler certaines zones jusquà ce que les particules aient été enlevées, notamment si des enfants sont susceptibles de sy trouver.
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Pour plus d'informations, les journalistes peuvent prendre contact avec le Bureau du porte-parole, OMS, Genève. Tél. (+41 22) 791 2599; télécopie (+41 22) 791 4858; adresse électronique: inf@who.int ou contacter au CIRC, Nicolas Gaudin, Chef, Communication.
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