COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 135
20 juin 2001 

NUTRITION ET CANCER : PREMIERS RESULTATS DE L'ETUDE EPIC

Différentes estimations s’accordent à dire que dans les pays économiquement développés, 30% des cancers sont liés à des facteurs nutritionnels et pourraient donc théoriquement être prévenus par un meilleur équilibre alimentaire, une prévention de l’excès de poids et une activité physique appropriée.

La Conférence européenne « Nutrition et Cancer » qui ouvre ses portes demain jeudi 21 juin 2001 à Lyon va permettre à un grand nombre de chercheurs de faire le point sur les études en cours sur la nutrition, l’équilibre métabolique et certains types de cancer. On connait d’ores et déjà un certain nombre de résultats préliminaires qui seront discutés lors des débats, des résultats provenant de l'étude prospective européenne sur le cancer et la nutrition (EPIC)1 qui concerne trois familles d’aliments (les fruits et légumes, l’alcool et les produits d’origine animale).

1- L’effet protecteur des fruits et des légumes
L’étude EPIC retrouve et confirme une réduction de l’incidence des cancers du côlon et du rectum et des cancers des voies aérodigestives supérieures. En revanche, l’effet protecteur trouvé auparavant pour les cancers de l’estomac et du poumon ne ressort pas clairement : il faut noter que la durée de suivi des sujets est relativement faible, de même que le nombre de cas de cancer survenus au cours de cette période.

2- L’effet dévastateur de l’alcool et du tabac
Les résultats d’EPIC confirment, outre l’effet évident du tabac sur le risque de cancer du poumon, le très fort effet de la consommation d’alcool et de tabac sur les cancers des voies aérodigestives supérieures. Pour donner quelques chiffres, un consommateur de plus d’un paquet de cigarettes par jour voit son risque de contracter un de ces cancers multiplié par plus de 8.
Pour ce qui est de l’alcool, une consommation supérieure à 60g d’éthanol par jour (approximativement une bouteille de vin de 75 cl), fera augmenter le risque d’un de ces cancers d’un facteur 9. Il faut insister sur le fait que la combinaison de ces deux consommations aura un effet multiplicateur qui fait que le fumeur et buveur de notre exemple verra son risque d’un de ces cancers multiplié par 50 !
Ceci confirme exactement les résultats obtenus par une équipe du CIRC il y a plus de quinze ans sur les cancers du larynx et de l’œsophage dans les pays d’Europe méridionale.


L’effet protecteur de la consommation de fruits et de légumes a également fait l’objet d’une quantification. On estime qu’une consommation quotidienne de 500g ou plus de fruits et légumes est suffisante pour réduire de 50% l’incidence des cancers des voies aérodigestives supérieures.

3- Effet contrasté pour les charcuteries et les viandes rouges, et protecteur pour le poisson
Pour ce qui concerne le groupe alimentaire des viandes, poissons et produits laitiers (produits d’origine animale), les analyses concernaient tout particulièrement les cancers du côlon et du rectum, de l’estomac et des voies aérodigestives supérieures. Les associations qui ressortent le plus nettement sont une augmentation du risque de cancer du côlon par rapport à la consommation totale de charcuterie (salaisons) et une réduction significative du risque de ce cancer par rapport à la consommation de poisson.

Il ressort très nettement en revanche que la consommation de viande rouge n’apparaît pas pour le moment associée au risque de développer un cancer du côlon et du rectum. Toutefois, ces analyses n’ont pas pu encore prendre en compte la méthode de cuisson des viandes. Cette importante question fera l’objet d’analyses minutieuses à l’avenir.

La consommation de volailles n’est pas associée à une augmentation du risque de cancer et est possiblement associée à une faible réduction de ce risque.

On a noté une association positive entre la consommation totale de viande et le cancer de l’estomac et des voies aérodigestives supérieures ; toutefois, cette association est faible et non significative et fera l’objet d’analyses ultérieures.

Pour ce qui concerne le volet préventif, il faudra insister auprès de la population en général sur le côté plurifactoriel de l’incidence des cancers dans ses rapports à l’alimentation, et l’importance de l’activité physique et la prévention de l’obésité.

Voilà les grandes lignes des premiers résultats de cette importante étude, qui seront développées au cours des prochains jours.


1 EPIC est la plus grande étude jamais menée sur les rapports entre l'alimentation et le cancer, représentant un échantillon de plus de 500 000 sujets répartis dans 10 pays européens. Cette étude prospective a pour objectif de mettre en évidence les liens de cause à effet entre l'équilibre alimentaire, les données anthropométriques, l'activité physique et les facteurs hormonaux ainsi que les facteurs de prédisposition génétique et l'apparition de certains cancers.

Pour plus d'information,et pour télécharger la liste des résumés des communications, visitez le site internet de la Conférence, à http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1046/j.1467-3010.2001.00169.x/full,
ou contacter le Dr Nicolas Gaudin, chef, communication ()



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