COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 138
26 mars 2002 

La prise de contraceptifs oraux sur une longue période et
un nombre élevé d'enfants accroissent le risque de cancer du col
chez les femmes infectées par le VPH


Le cancer du col utérin est le troisième cancer le plus fréquent dans le monde, et le plus fréquent dans de grandes régions d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Sur les 200 000 décès environ qui sont liés à ce cancer chaque année, 80 % surviennent dans des pays en développement.

Un virus, le virus du papillome humain (VPH), a été mis en évidence dans pratiquement tous les cancers du col, et sa présence est à présent considérée comme une cause nécessaire de cette maladie. Chez la majorité des femmes, cependant, les infections à VPH sont le plus souvent bénignes. Certains facteurs concomitants doivent par conséquent intervenir pour accroître la possibilité de la persistance et/ou de la progression de l’infection à VPH vers le cancer.

L’identification de ces facteurs concomitants nécessite un contrôle adéquat pour le fort effet du VPH et une grande population d’étude. Ces deux conditions préalables ont été remplies dans une étude multicentrique qui a été réalisée entre 1985 et 1993 par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) dans 10 pays. Cette étude incluait près de 2000 femmes atteintes d’un cancer du col et un même nombre de femmes saines, les témoins, recrutées dans des régions à haut risque de cancer du col en Colombie, au Brésil, au Pérou, au Paraguay et au Maroc, dans des régions à risque moyen, aux Philippines et en Thaïlande et enfin en Espagne, un pays associé à un faible risque. Pour tenir compte du fort effet causal du VPH, les principales analyses ont été limitées aux femmes infectées par le virus.

Deux rapports sur l’étude menée par le CIRC sont publiés dans The Lancet en date du 30 mars. L’un concerne l’utilisation de contraceptifs oraux (Victor Moreno, de l’Institut catalan d’Oncologie de Barcelone, Espagne, et collègues) et l’autre analyse les effets des facteurs reproductifs, notamment la parité, ou nombre d’enfants (Nubia Muñoz, du CIRC, et collègues).

Les principaux résultats de ces études montrent que les femmes infectées par le VPH et ayant utilisé des contraceptifs oraux pendant plus de cinq ans ont un risque trois fois plus élevé de faire un cancer du col que les femmes n’ayant jamais utilisé de contraceptifs oraux. Les femmes qui avaient cinq enfants ou plus avaient également un risque trois fois plus élevé par rapport aux femmes sans enfants. Les chercheurs ont ainsi conclu que l’utilisation à long terme de contraceptifs oraux et un grand nombre d’enfants sont des facteurs qui, en présence d’une infection à VPH, accroissent le risque de cancer du col utérin.

Le cancer du col de l’utérus est en diminution dans la plupart des pays depuis vingt ou trente ans. La diminution du nombre d’enfants par femme peut avoir joué un rôle dans cette tendance favorable. En ce qui concerne les contraceptifs oraux, des recherches supplémentaires sont nécessaires, la question clé étant de savoir dans quelle mesure certains de leurs effets secondaires persistent après la fin de leur utilisation. Il faut en outre étudier plus en détail les différences entre divers types de contraceptifs hormonaux (comme les pilules à progestatifs seuls, les pilules à différents dosages d’œstrogènes).

Il est important de garder à l’esprit que le cancer du col est en grande partie évitable par le dépistage. L’étude du CIRC indique par conséquent que les utilisatrices à long terme de contraceptifs oraux doivent faire l’objet d’efforts particuliers pour ne pas échapper aux programmes de dépistage du cancer du col.

Pour de plus amples renseignements, contacter Dr Silvia Franceschi, Chef du Service des Etudes de terrain et d'intervention au CIRC (), ou Dr Jennifer Smith () ou Dr Nubia Muñoz ()



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