Dans les pays industrialisés comme dans les pays en développement, le surpoids et lobésité sont de plus en plus fréquents depuis une vingtaine dannées et, dans les pays occidentaux, ce phénomène a atteint des dimensions épidémiques. Aux Etats-Unis, un quart de la population avait un poids excessif en 1978, cette proportion atteignant un tiers de la population en 1990. Les derniers chiffres montrent que 60 % de la population adulte est aujourdhui dans la même situation, et les zones urbaines de nombreux pays en développement enregistrent une prévalence comparable.
La mesure la plus communément acceptée du surpoids est lindice de masse corporelle (IMC), que lon obtient en divisant le poids corporel (en kg) par le carré de la taille (m2). Ainsi, un adulte pesant 100 kg et mesurant 2 mètres a un IMC de 25. LOrganisation mondiale de la Santé estime quun IMC inférieur à 18,5 est un indicateur dinsuffisante pondérale et quun IMC supérieur à 25 indique un surpoids ; un IMC supérieur à 30 est synonyme dobésité. Un IMC normal, en tout cas souhaitable, se situe entre 18,5 et 25. Pour un adulte mesurant 1,75m, ce poids souhaitable se situe donc entre 57 et 77 kilos.
Les raisons de cette épidémie sont simples. Les causes fondamentales de lobésité et du surpoids résident dans un mode de vie sédentaire et une surconsommation daliments hautement caloriques. La graisse corporelle est la conséquence dun déséquilibre entre lapport et la dépense caloriques, qui relèvent lun et lautre de phénomènes hautement culturels et comportementaux. Limportance de lactivité physique comme cause déterminante du poids corporel est bien connue. Les enfants, dans les pays occidentaux, sont moins physiquement actifs que par le passé, à la maison comme à lécole.
Les conséquences de lépidémie de surpoids et dobésité sont maintenant comprises. Le surpoids et une activité physique insuffisante sont associés à plusieurs maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires et le diabète de ladulte. Leur rôle dans le développement du cancer a été évalué par un groupe international dexperts réunis par le Centre international de Recherche sur le Cancer, de lOrganisation mondiale de la Santé (OMS) à Lyon, du 13 au 20 février 2001.
Lexamen complet et les conclusions des documents scientifiques soumis à cette évaluation, et les recommandations dactions de santé publique ont maintenant été éditées et forment le volume 6 des IARC Handbooks of Cancer Prevention. Ce manuel résume également les mécanismes intervenant dans ces effets, comme ceux qui sont liés au métabolisme hormonal et aux fonctions immunitaires.
Limiter les gains de poids réduit le risque de cancer du sein postménopausique et de cancer du côlon, de lendomètre, du rein (cellules rénales) et dadénocarcinome æsophagien. Lactivité physique régulière réduit quant à elle le risque de cancer du sein et du côlon, et probablement celui du cancer de lendomètre et de la prostate. Certains de ces effets sont indépendants du contrôle pondéral.
Laugmentation du risque de cancer est à peu près parallèle à laugmentation de lindice de masse corporelle et sa diminution, à laugmentation de lactivité physique (que ce soit en intensité, en fréquence ou en durée). Les chercheurs ont estimé que jusquà un tiers des cancers du côlon, du sein et du rein peuvent être attribués à un poids excessif et à une activité physique insuffisante. Ainsi, ladiposité et linactivité représentent les causes évitables les plus importantes pour ces cancers. Dans lUnion européenne, 21 000 cas de cancer du côlon et 13 000 cas de cancer du sein pourraient être évités chaque année par le maintien dun poids corporel normal.
Il ny a pas de solution simple à lépidémie dobésité et dinactivité physique. Leur origine est culturelle et sociétale, et ce phénomène trouve son expression la plus parlante dans le centre commercial des banlieues occidentales, où lon se procure une restauration rapide sans même sortir de sa voiture. Lutter contre ce phénomène nécessite des mesures de santé publique (en ce qui concerne la nutrition et lactivité physique) et éducatives, du public comme des prestataires de soins de santé. Le IARC Handbook recommande de maintenir son poids dans la partie inférieure de lintervalle souhaitable (IMC entre 18,5 et 25), déviter des gains de poids de plus de 5 kilogrammes au cours de la vie adulte et de diminuer le poids (de 5 à 10 %) des sujets en surpoids ou obèses. Les individus doivent également être encouragés à exercer une activité physique modérée, comme la marche rapide ou la bicyclette, 30 minutes au moins plusieurs fois par semaine. En plus de réduire le risque de maladies chroniques comme les maladies coronariennes et le diabète, un tel comportement protégerait également contre certains cancers, notamment contre les cancers du côlon et du sein.
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