A la suite de la réunion dun groupe dexperts en février 2002, le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) vient de publier son évaluation des risques cancérogènes pour lhomme liés à certaines plantes médicinales et souligne que naturel nest pas forcément synonyme de bénéfique.
Les plantes médicinales traditionnelles comprennent un groupe extrêmement varié de préparations. Depuis quelques années, il est possible de se procurer plus facilement ces produits dans le commerce, notamment dans les pays développés, où lon vend des mélanges préparés à partir des feuilles, des racines et dautres parties de la plante provenant de sources diverses, et ce, dans un but médicinal. Ces produits sont vendus pour des utilisations, comme les régimes amaigrissants, qui nont jamais été prescrites dans ce but dans leur usage traditionnel. Les propriétés toxiques de ces préparations ne sont pas bien connues dans la plupart des cas et, dans beaucoup de pays qui les importent, ces plantes médicinales ne sont pas soumises à des normes rigoureuses quant à la fabrication, lefficacité, la qualité et leur innocuité.
Au terme de la réunion de février 2002, le CIRC a conclu que les plantes médicinales contenant des espèces du genre Aristolochia (aristoloche clématite) sont cancérogènes pour lhomme. En 1992, une épidémie dinsuffisance rénale avait affecté plus de cent personnes en Belgique, pour la plupart des femmes ayant suivi un régime amaigrissant contenant un mélange de plantes orientales. En outre, ce régime entraîna un excès de tumeurs du bassinet rénal, de luretère et de la vessie. Dautres cas ont été découverts par la suite dans cinq autres pays au moins en Europe et en Asie. Ces mélanges de plantes contenaient, peut-être par accident, des plantes du genre Aristolochia, qui sont traditionnellement considérées comme des plantes médicinales en Chine mais qui contiennent des mélanges dacides aristolochiques qui, eux, ont été classés comme probablement cancérogènes pour lhomme.
Cette monographie a aussi évalué les plantes contenant des anthraquinones, utilisées essentiellement comme laxatifs. Les études épidémiologiques sur la relation entre lutilisation de ces préparations et lincidence de cancers humains ne montrent pas deffet, même si lhydroxy-1-anthraquinone induit des tumeurs chez le rat. Ce composé a donc été classé comme peut-être cancérogène pour lhomme. La racine de garance (Rubia tinctorum), qui contient lanthraquinone lucidine, a été évaluée comme inclassable quant à sa cancérogénicité pour lhomme, car seule une légère augmentation du nombre de tumeurs dans une seule étude portant sur le rat a été rapportée.
Dans la plante Senecio riddellii et dautres espèces de Senecio, comme S. longilobus, utilisé en infusion dans certaines régions, on trouve la riddelliine qui est un alcaloïde de la classe des pyrrolizidines. Bien que lon ne dispose pas de données épidémiologiques sur la relation entre lutilisation de préparations contenant de la riddelliine et lapparition de cancer chez lhomme, la riddelliine est clairement cancérogène chez les rongeurs. Elle est donc classée comme peut-être cancérogène pour lhomme.
Monographies du CIRC sur lévaluation des risques de cancérogénicité pour lhomme, Volume 82, « Some Traditional Herbal Medicines, some Mycotoxins, Naphthalene and Styrene », disponible auprès de IARCPress, commandes à ladresse