COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 142
27 janvier 2003 

PLANTES MEDICINALES : "NATUREL" NE VEUT PAS FORCEMENT DIRE BON POUR LA SANTE

A la suite de la réunion d’un groupe d’experts en février 2002, le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) vient de publier son évaluation des risques cancérogènes pour l’homme liés à certaines plantes médicinales et souligne que ‘naturel’ n’est pas forcément synonyme de ‘bénéfique’.

Les plantes médicinales traditionnelles comprennent un groupe extrêmement varié de préparations. Depuis quelques années, il est possible de se procurer plus facilement ces produits dans le commerce, notamment dans les pays développés, où l’on vend des mélanges préparés à partir des feuilles, des racines et d’autres parties de la plante provenant de sources diverses, et ce, dans un but médicinal. Ces produits sont vendus pour des utilisations, comme les régimes amaigrissants, qui n’ont jamais été prescrites dans ce but dans leur usage traditionnel. Les propriétés toxiques de ces préparations ne sont pas bien connues dans la plupart des cas et, dans beaucoup de pays qui les importent, ces plantes médicinales ne sont pas soumises à des normes rigoureuses quant à la fabrication, l’efficacité, la qualité et leur innocuité.

Au terme de la réunion de février 2002, le CIRC a conclu que les plantes médicinales contenant des espèces du genre Aristolochia (aristoloche clématite) sont cancérogènes pour l’homme. En 1992, une épidémie d’insuffisance rénale avait affecté plus de cent personnes en Belgique, pour la plupart des femmes ayant suivi un régime amaigrissant contenant un mélange de plantes orientales. En outre, ce régime entraîna un excès de tumeurs du bassinet rénal, de l’uretère et de la vessie. D’autres cas ont été découverts par la suite dans cinq autres pays au moins en Europe et en Asie. Ces mélanges de plantes contenaient, peut-être par accident, des plantes du genre Aristolochia, qui sont traditionnellement considérées comme des plantes médicinales en Chine mais qui contiennent des mélanges d’acides aristolochiques qui, eux, ont été classés comme probablement cancérogènes pour l’homme.

Cette monographie a aussi évalué les plantes contenant des anthraquinones, utilisées essentiellement comme laxatifs. Les études épidémiologiques sur la relation entre l’utilisation de ces préparations et l’incidence de cancers humains ne montrent pas d’effet, même si l’hydroxy-1-anthraquinone induit des tumeurs chez le rat. Ce composé a donc été classé comme peut-être cancérogène pour l’homme. La racine de garance (Rubia tinctorum), qui contient l’anthraquinone lucidine, a été évaluée comme inclassable quant à sa cancérogénicité pour l’homme, car seule une légère augmentation du nombre de tumeurs dans une seule étude portant sur le rat a été rapportée.

Dans la plante Senecio riddellii et d’autres espèces de Senecio, comme S. longilobus, utilisé en infusion dans certaines régions, on trouve la riddelliine qui est un alcaloïde de la classe des pyrrolizidines. Bien que l’on ne dispose pas de données épidémiologiques sur la relation entre l’utilisation de préparations contenant de la riddelliine et l’apparition de cancer chez l’homme, la riddelliine est clairement cancérogène chez les rongeurs. Elle est donc classée comme peut-être cancérogène pour l’homme.

Monographies du CIRC sur l‘évaluation des risques de cancérogénicité pour l’homme, Volume 82, « Some Traditional Herbal Medicines, some Mycotoxins, Naphthalene and Styrene », disponible auprès de IARCPress, commandes à l’adresse

Pour plus d'information, contacter Dr Robert Baan, Unité d'identification et d'évaluation des cancérogènes ( )
ou Dr Nicolas Gaudin, chef, Communication ( )



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