Les chercheurs du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), du Medical Research Council britannique et de Cancer Research UK annoncent aujourdhui la publication dans The Lancet1 de deux articles mettant en évidence des indications significatives associant une alimentation riche en fibres à une réduction de lincidence des cancers du côlon et du rectum dune part et des polypes précancéreux dautre part. Pour référence, les cancers du côlon et du rectum sont parmi les cancers les plus fréquents dans le monde, avec près dun million de nouveaux cas chaque année. Ces tumeurs sont plus fréquentes dans les régions les plus développées du monde, mais leur incidence est aussi en hausse dans les pays en développement. Lincidence du cancer du côlon est comparable chez les hommes et les femmes tandis que le cancer du rectum se trouve plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes.
Le Dr Elio Riboli, Chef de lUnité Nutrition et Cancer au CIRC, coordonne létude EPIC, quil décrit comme un grand projet pluridisciplinaire qui consiste à étudier le rôle de lalimentation, du mode de vie, des caractéristiques métaboliques et génétiques dans létiologie et la prévention du cancer. Cette étude est basée sur 522 000 individus âgés de 25 à 70 ans, répartis dans 24 centres détude en Allemagne, au Danemark, en Espagne, en France, en Grèce, en Italie, en Norvège, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suède. Létude EPIC a démarré il y a dix ans grâce au soutien déterminant du programme de santé publique de la Commission européenne. De nombreuses institutions publiques nationales et dorganisations caritatives ont également contribué de façon substantielle à la mise sur pied de ce projet, qui est devenu un modèle de valeur ajoutée de la Communauté européenne.
Le Dr Riboli, résumant les principaux résultats de cette étude, déclarait : « Après un suivi moyen de 4,5 ans, cette étude a permis de diagnostiquer 1 065 cas de cancer colorectal. Les individus compris dans les 20 % supérieurs de consommation de fibres, à savoir ceux qui consommaient 35 g de fibres par jour en moyenne, voyaient leur risque de cancer colorectal réduit de 40 % par rapport à ceux qui nen consomment que 15 g par jour en moyenne. La grande avancée de cette étude est quelle montre quil est possible de réduire le risque de cancer intestinal de façon significative en augmentant de façon modérée la consommation de céréales complètes, de fruits et de légumes, qui sont les principales sources de fibres alimentaires ».
Le Dr Sheila Bingham (Chef du Groupe Alimentation et Cancer, Unité de Nutrition humaine Dunn du Medical Research Council, Cambridge) prévenait cependant qu« il est important de prendre bien conscience de ce que les suppléments en fibres ou les aliments enrichis en fibres nont pas été étudiés et quil ne faut pas présupposer quils ont le même effet protecteur que les aliments qui en sont naturellement riches, comme les céréales, les légumes et les fruits. Les personnes les mieux protégées consomment près de 7 portions de fruits et de légumes par jour, quantité semblable à celle que consomment les populations de Méditerranée méridionale et équivalant à 6 tranches de pain complet par jour tandis que les personnes les plus à risque ne consomment quenviron 2 portions de fruits et légumes par jour ».
Le Professeur Nick Day (Université de Cambridge) indiquait qu« en étudiant des populations si différentes aux alimentations si variées, nous avons pu brosser un tableau plus précis de la façon dont divers aliments qui apportent des fibres à notre alimentation usuelle sont liés à lincidence du cancer colorectal ».
Selon Lynnette Ferguson (Université dAuckland, Nouvelle-Zélande) dans son éditorial, « ce numéro du Lancet contient deux articles importants qui associent une consommation élevée de fibres alimentaires à une diminution du risque des adénomes coliques ou du cancer colorectal ».
En effet, la deuxième étude a été menée par des chercheurs de lInstitut national du Cancer des Etats-Unis dAmérique (NCI) dans le cadre de lessai de dépistage des cancers de la prostate, du poumon, du côlon/rectum et de lovaire (PLCO), un essai randomisé contrôlé conçu pour évaluer différentes méthodes de détection précoce du cancer. Cette étude comparait la consommation de fibres entre 33 971 participants testés négatifs pour des polypes par sigmoïdoscopie et 3 591 malades atteints au moins dun adénome confirmé par examen histologique dans le gros intestin. Cette étude a découvert quune consommation élevée de fibres alimentaires était associée à un plus faible risque dadénome colorectal (polypes non malins qui sont cependant souvent précurseurs dune maladie maligne). Les personnes faisant partie des 20 % ayant la consommation la plus élevée de fibres alimentaires (plus de 30 g par jour) avaient une réduction du risque dadénome de près dun quart par rapport aux 20 % les plus faibles pour la consommation de fibres (moins de 15 g par jour). Le Dr Ulrike Peters, du National Cancer Institute des Etats-Unis, précisait que « ces deux études [EPIC et PLCO] montrent quil a été prématuré décarter le rôle que pouvaient jouer les fibres alimentaires dans la prévention du cancer colorectal ».
Si ces deux études ne traitaient pas, et ne pouvaient pas traiter les effets des changements du mode alimentaire sur le risque de cancer, prises ensemble, elles offrent un faisceau dindications solides pour étayer des campagnes de prévention du cancer, dont lobjectif sera de favoriser une plus grande consommation de fibres alimentaires pour tous.
1 The Lancet, Volume 361, Number 9368, 3 May, 2003.