COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 149
7 AOUT 2003

LE PROGRAMME DES MONOGRAPHIES DU CIRC DECLARE LA CHIQUE DE BETEL
ET DE NOIX D'AREC CANCEROGENE POUR L'HOMME


La chique de bétel et de noix d’arec, une pratique traditionnelle très répandue dans de nombreuses régions d’Asie, est aussi très prisée chez les immigrants installés au Royaume-Uni, dans d’autres pays d’Europe, en Amérique du Nord et en Australie. Un groupe international d’experts scientifiques réuni par le Programme des Monographies du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), de l’Organisation mondiale de la Santé, a passé en revue les études publiées concernant le cancer et la chique de bétel et de noix d’arec. Une précédente évaluation, réalisée en 1985, avait conclu que la mastication de chique de bétel associée à du tabac était cancérogène pour l’homme. Cette nouvelle évaluation va plus loin et conclut que la mastication de chique de bétel sans tabac est également cancérogène pour l’homme. Le Groupe de travail a en outre conclu que la noix d’arec, fréquemment utilisée dans la confection de nombreuses chiques, est cancérogène pour l’homme.

UNE PRATIQUE TRES REPANDUE
La chique de bétel se compose le plus souvent de feuille de bétel (de la pipéracée grimpante Piper betle), de noix d’arec (de l’aréquier Areca catechu), et de chaux éteinte (essentiellement de l’hydroxyde de calcium), à quoi l’on ajoute souvent du tabac. On trouve parfois d’autres ingrédients et agents aromatiques selon les préférences et les us et coutumes locaux.

La chique de bétel et de noix d’arec est une pratique très répandue dans de nombreuses régions d’Asie comme ailleurs dans le monde au sein de populations migrantes provenant d’Asie. On chique le bétel pour de nombreuses et diverses raisons, y compris pour ses vertus stimulantes, pour calmer la faim, pour adoucir l’haleine, et comme pratique culturelle. Des produits de facture artisanale ou sous dénomination commerciale se trouvent disponibles en accès libre auprès de "pan shops" dans de nombreuses villes hors d’Asie. Le Royaume-Uni est le premier importateur hors d’Asie, les quantités importées ayant doublé depuis le début des années 80. Dans certaines communautés d’immigrants, la grande majorité s’adonne à cette pratique. Les jeunes enfants débutent par des produits de noix d’arec édulcorés, y ajoutant souvent du tabac au cours de l’adolescence.

UNE PRATIQUE CANCEROGENE
Le groupe d’experts a pu déterminer que la chique de bétel associée au tabac provoque le cancer de la cavité buccale, le cancer du pharynx, et le cancer de l’œsophage chez l’homme. On sait à présent que la chique de bétel sans tabac provoque le cancer de la bouche chez l’homme. On a observé que la noix d’arec, un ingrédient fréquent dans tous les types de chique de bétel, provoque la fibrose sous-muqueuse de la bouche (une pathologie précancéreuse qui peut progresser vers un cancer malin de la bouche), ce qui a permis de déterminer que la noix d’arec elle-même est cancérogène pour l’homme. Les études menées sur les communautés de migrants asiatiques ont mis en évidence un risque beaucoup plus élevé de cancer de la bouche par rapport aux autochtones des pays où ils se sont installés.

Cette nouvelle évaluation de la chique de bétel sans tabac a été rendue possible par de récentes études épidémiologiques menées dans des régions du monde où l’on n’ajoute généralement pas de tabac à la préparation. En outre, d’autres études épidémiologiques récentes menées en Asie du Sud ont pu séparer les effets de la chique de bétel avec et sans tabac.

C’est dans les régions du monde où l’on chique du bétel que l’on enregistre les taux les plus élevés de cancers de la bouche. Sur les 390 000 cancers de la cavité buccale et de l’oropharynx qui surviennent dans le monde chaque année, suivant nos estimations, 228 000 (soit 58 %) surviennent en Asie du Sud et du Sud-Est. Dans certaines régions de l’Inde, le cancer de la bouche est le cancer le plus fréquent. Des indications frappantes sont apparues à Taïwan (Chine), où l’incidence du cancer buccal a triplé chez les hommes depuis le début des années 1980, ce qui coïncide avec une très forte augmentation de la pratique de la chique de bétel dans ce pays depuis le début des années 1970, principalement chez les hommes. On n’ajoute généralement pas de tabac à la chique de bétel à Taïwan (Chine).

UNE NOUVELLE SOURCE DE PREOCCUPATION
Ces dernières années, un grand nombre de produits de masse à base de noix d’arec, pré-emballés, ont fait leur apparition dans beaucoup de pays. Une publicité agressive, ciblée sur les classes moyennes et sur les enfants, a fait grimper les ventes et la consommation de ces produits. Dans certaines régions d’Inde, près d’un enfant et d’un adolescent sur trois chique ces produits de temps en temps ou même régulièrement. Certains considèrent ces produits sans tabac (comme le pan masala, par exemple) comme une alternative sans danger à la chique de bétel accompagnée de tabac. Les études disponibles montrent que ces produits provoquent des maladies de la bouche, même chez les enfants, et que leur consommation ne peut être considérée comme sans danger. Plusieurs Etats de l’Inde ont commencé de réguler ces produits, et l’on peut s’attendre à une réduction des maladies buccales et des cancers de la bouche après une réduction de leur consommation.
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LES MONOGRAPHIES DU CIRC
Le programme des Monographies du CIRC publie des évaluations impartiales et faisant autorité sur les risques cancérogènes pour l’homme associés à différents agents, mélanges et expositions. Chaque évaluation est le produit des délibérations d’un groupe de travail international constitué d’experts du domaine concerné. Depuis sa création en 1971, cette série a permis d’évaluer près de 900 agents, et les Monographies du CIRC ont acquis leur notoriété grâce à leur exhaustivité, leur précision et leur indépendance.

Pour obtenir des informations d’ordre général sur le Programme des Monographies, visitez notre serveur, à http://monographs.iarc.fr/, et pour davantage d’informations sur ce communiqué, envoyez vos questions au Dr Kurt Straif à l’adresse :
Pour plus d’information, contacter Nicolas Gaudin, Chef, Communication, à .



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