COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 171
29 novembre 2006 


L'utilisation des bancs solaires chez les jeunes clairement associée au cancer de la peau

Historique

En Octobre 2004, le Ministère francais de la Santé a contacté le Dr Peter Boyle, Directeur du CIRC(1), exprimant sa préoccupation devant l'augmentation continue de l'incidence du mélanome en France et dans le monde. Le mélanome est la forme la plus meurtrière de cancer cutané. Pour référence, quand l'Europe enregistre 10 a 15 cas de mélanomes pour 100 000 habitants et par an, l'Australie en compte 50. Le mélanome est en augmentation partout dans le monde et le nombre de cas double tous les 12 a 15 ans dans les régions les plus affectées.

En 1992, un Groupe de travail du CIRC a réalisé un examen complet des données scientifiques disponibles et a conclu que le rayonnement solaire est cancérogène pour l'homme (Groupe 1)(2). Le rayonnement solaire provoque le mélanome cutané et le cancer cutané non mélanome. Cependant, une incertitude plane encore sur le rôle que joue l'exposition aux sources artificielles de rayonnements, à savoir l'utilisation de bancs ou de lampes solaires dans les salons de bronzage, dans l'étiologie du cancer de la peau.

Revue de la littérature scientifique

Pour répondre a ces préoccupations, le CIRC a réuni un Groupe international de travail(3) qui a évalué toutes les données scientifiques disponibles liées aux effets sanitaires, positifs et nocifs, de l'exposition aux rayonnements UV artificiels par l'utilisation d'installations de bronzage en intérieur, notamment pour déterminer si leur utilisation accroît le risque de cancer cutané.

Evaluation

Les études épidémiologiques n'apportent pas d'indications homogènes et régulières selon lesquelles l'utilisation d'installations de bronzage intérieures en général serait associée au développement du mélanome ou du cancer cutané non melanome(4). Il existe à cela plusieurs explications techniques. Tout d'abord, la connaissance des niveaux d'exposition aux UV lors du bronzage en intérieur est très imprécise. En outre, les premières études publiées avaient une puissance trop faible pour déceler des associations à long terme entre l'exposition aux UV artificiels et le cancer, qui ne sont apparues qu'après une longue période de latence. “Considérer simultanément toutes les données disponibles nous a permis de formuler un certain nombre de conclusions claires”, a notamment déclaré le Dr Boyle.

Conclusions

1. Nette augmentation du risque de mélanome associée à l'utilisation des bancs solaires entre 10 et 30 ans
Les données montraient une augmentation nette et uniforme du risque de mélanome chez les personnes ayant commencé à utiliser les bancs solaires entre l'âge de 10 et 30 ans : une augmentation de 75% du risque de mélanome a été calculée pour ces utilisateurs d'appareils de bronzage artificiel. Cette augmentation, dans la population générale, bien qu'elle ne soit pas statistiquement significative, n'est toutefois pas négligeable.

2. Augmentation du risque de carcinome épidermoïde de la peau associée à l'utilisation des bancs solaires dans l'adolescence
Des données limitées laissent penser que le risque de développement du carcinome epidermoïde est également accru après une utilisation débutée dans l'adolescence.

3. Système immunitaire affecté
Les données laissent également penser qu'il existe des effets nocifs liés à l'utilisation des bancs solaires sur la réponse immunitaire de la peau et possiblement sur les yeux (mélanome oculaire).

4. Aucun effet sanitaire positif
Le bronzage artificiel confère à la peau peu ou pas de protection du tout contre les lésions solaires, pas plus que l'utilisation d'installations de bronzage artificiel en intérieur ne confère de protection contre la carence en vitamine D. Les données laissent également penser que l'utilisation d'installations de bronzage en intérieur a des effets nocifs sur la réponse immunitaire de la peau et peut-être des yeux (mélanome oculaire).

Message de santé publique

Le Dr Boyle a conclu que “si le mandat du CIRC concerne principalement l'expertise scientifique et l'évaluation du risque épidemiologique, étant donné le poids et la gravité des résultats, nous estimons qu'il faut sérieusement envisager d'entreprendre des actions effectives pour restreindre l'accès aux installations de bronzage artificiel (solariums, salons de bronzage) aux mineurs et aux jeunes adultes.”


Notes:

(1) Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) fait partie de l'Organisation mondiale de la Santé. Sa mission consiste à coordonner et à mener des recherches sur les causes du cancer chez l'homme et sur les mécanismes de la cancérogenèse, ainsi qu'à élaborer des stratégies scientifiques de lutte contre le cancer. Le Centre participe à des recherches épidemiologiques et expérimentales, et assure la diffusion de l'information scientifique au moyen de publications, de conférences, de cours, et de bourses d'études.

(2) Les rayonnements UV A, B et C ont été classés comme probablement cancérogènes par un Groupe de travail du CIRC en 1992. En outre, ses membres concluaient que “L'utilisation de lampes solaires et de bancs solaires entraîne des expositions qui sont probablement cancérogènes pour l'homme (Groupe 2A)”. Si la lumière UV naturelle stimule bien la production de la vitamine D, indispensable, l'exposition à la lumière solaire naturelle doit être modérée, et l'exposition aux rayonnements UV artificiels, comme dans le cas de l'exposition aux bancs solaires, doit être évitée à tout prix.

(3) Les membres du Groupe de travail étaient les suivants : Dr Philippe Autier1, Dr Mathieu Boniol1, Dr Peter Boyle1, Dr Jean-Francois Doré2, Dr Sara Gandini3, Dr Adele Green (Présidente)4, Dr Julia Newton-Bishop5, Dr Martin A. Weinstock6, Dr Johan Westerdahl7, Dr Béatrice Secretan (Coordinatrice)1, Dr Stephen Walter8. Leurs conclusions sont publiées en ligne par l’International Journal of Cancer

1 IARC - 2 INSERM U590, Centre Léon Berard, Lyon, France - 3 Institut européen d'Oncologie, Milan, Italie - 4 Queensland Institute of Medical Research, Australie - 5 Cancer Research UK - RU - 6 Brown University Medical School - USA - 7 Hôpital universitaire de Lund - Suède [empêché] - 8 McMaster University - Ontario, Canada


(4) Il existe trois principaux types de cancers de la peau : le carcinome baso-cellulaire (CBC) est la forme la plus fréquente de cancer et la moins agressive. Les cellules basales sont les cellules qui tapissent la couche la plus profonde de l'épiderme. Une tumeur de cette couche s'appelle carcinome baso-cellulaire. Le soleil est responsable de plus de 90% de tous les cancers cutanés, y compris le CBC, et la surexposition chronique a la lumière solaire est la cause de la plupart des cas de carcinome baso-cellulaire. Les CBC surviennent le plus fréquemment sur la face, les oreilles, le cou, le cuir chevelu, les épaules et le dos. Le cancer épidermoïde (CE) est une tumeur maligne. Elle est plus agressive que le cancer baso-cellulaire et elle métastase plus fréquemment que lui. Le mélanome est le type le plus dangereux de cancer cutané. Il concerne les cellules qui produisent la pigmentation (mélanine), qui est responsable de la couleur de la peau et des cheveux. Le développement du mélanome est lié à l'exposition au soleil, notamment aux coups de soleil au cours de l'enfance, et est le plus fréquent chez les personnes ayant une peau claire, des yeux bleus ou verts et des cheveux roux ou blonds.





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