COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 172
29 novembre 2006 


LES EMISSIONS DE SOURCE INTERIEURE DUES A LA COMBUSTION MENAGERE DE CHARBON SONT CANCEROGENES : LES FEMMES DES PAYS A RESSOURCES FAIBLES OU MOYENNES SONT LES PLUS EXPOSEES


Un Groupe de travail des Monographies du CIRC a conclu que les émissions de source intérieure dues à la combustion ménagère du charbon sont cancérogènes pour l’homme (Groupe 11), après un examen complet de toutes les indications scientifiques publiées.
En même temps, le Groupe de travail concluait que les émissions de source intérieure dues à la combustion ménagère de biomasse2 (essentiellement le bois) sont probablement cancérogènes pour l’homme (Groupe 2A1).
Pour compléter ces évaluations des polluants atmosphériques intérieurs, le Groupe de travail a également évalué la cancérogénicité potentielle des émissions dues à la friture à haute température.
Ces émissions ont également été évaluées comme probablement cancérogènes pour l’homme (Groupe 2A1).
La revue The Lancet Oncology publie un résumé de l’évaluation du CIRC, section « Policy Watch », dans son numéro daté du 1er décembre 2006, et les résultats seront présentés à la réunion annuelle de la Society for Risk Analysis à Baltimore (Etats-Unis d’Amérique) le 4 décembre prochain.

Mesures de réduction du risque

L’exposition à l’air intérieur pollué par la combustion du bois ou du charbon ou encore par la friture peut être grandement réduite par une ventilation adéquate, comme par exemple grâce à la construction d’une cheminée, comme cela a été montré en Chine. Cela semble être une mesure immédiate évidente de santé publique pour commencer à réduire le fardeau du cancer du poumon pour de grandes parties de la population mondiale. Changer de mode de cuisson et de chauffage  devrait également être envisagé.
Le Groupe de travail, qui comptait 19 chercheurs venus de 8 pays différents, a été réuni par le Programme des Monographies du CIRC du Centre international de recherche sur le Cancer (CIRC), l’agence de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la Santé.

Importance majeure pour la santé publique

"Cette nouvelle Monographie du CIRC (volume 95) cible les expositions qui sont quotidiennes pour des centaines de millions de personnes dans le monde" dit le      Dr Peter Boyle, Directeur du CIRC. On estime qu’environ la moitié de la population mondiale utilise du bois ou du charbon pour faire la cuisine et se chauffer, souvent dans des espaces peu ou pas ventilés du tout. En Afrique sub-saharienne, par exemple, ce pourcentage grimpe à plus de 90 %. "Appeler l’attention sur les risques sanitaires de cette pratique quotidienne pour tant de personnes revêt une importance énorme pour la santé publique", a-t-il ajouté.

Les risques du charbon ne sont pas nouveaux

L’exposition professionnelle aux produits de la combustion du charbon est connue depuis longtemps pour provoquer le cancer du poumon. Les produits de la combustion incomplète du charbon contiennent des particules respirables et de nombreux produits chimiques organiques, y compris des cancérogènes humains connus comme le benzo[a]pyrène, le formaldéhyde et le benzène. Les concentrations intérieures moyennes de particules fines (< 10 micromètres) peuvent atteindre plusieurs milligrammes par mètre cube, avec des pics de concentration dix fois plus élevés. Sur la base d’indications épidémiologiques concluantes, le Groupe de travail a donc évalué les émissions de source intérieure de la combustion ménagère de charbon “cancérogène pour l’homme” (Groupe 11). Le Dr Boyle a souligné qu’ “il existe des régions du monde où les femmes et les jeunes enfants particulièrement sont exposés à ces niveaux élevés de pollution atmosphérique intérieure pour la plus grande partie de la journée. Heureusement, ces niveaux d’exposition peuvent être grandement réduits, et ainsi leurs risques de cancer réduits d’autant”.

Fumée de bois probablement cancérogène…

Si l’association des émissions de la combustion du charbon au cancer du poumon est relativement claire et nette, les indications d’un risque de cancer accru associé à l’émission de la combustion de la biomasse (principalement de bois) étaient moins concluantes : ces émissions ont été classées comme “probablement cancérogènes pour l’homme” (Groupe 2A1).

… de même que la friture à haute température

Pour compléter cet examen de la pollution atmosphérique intérieure, le Groupe de travail a évalué la cancérogénicité potentielle de différents types de friture : sauter, frire en bain d’huile et poêler, qui supposent de chauffer l’huile à des températures élevées, sont pratiqués dans le monde entier et sont particulièrement répandus en Asie de l’Est. Sur la base de données limitées chez l’homme et d’indications concluantes chez l’animal de laboratoire, le Groupe de travail a déterminé que les émissions dues aux fritures à hautes températures sont “probablement cancérogènes pour l’homme” (Groupe 2A1). Cette classification est étayée par un grand nombre de données expérimentales sur la mutagénicité des émissions de l’huile de cuisine à des températures proches de 230 degrés Celsius. La méthode de friture ou le type d’huile utilisé ne semblaient pas avoir une grande influence sur les résultats des études épidémiologiques.

Evaluer les risques cancérogènes pour l’homme

Le Programme des Monographies du CIRC sur l’évaluation des risques cancérogènes pour l’homme s’est traditionnellement intéressé à l’évaluation des expositions professionnelles et de mode de vie dans les populations du monde développé et industrialisé. Cette nouvelle monographie traite d’une exposition qui est très répandue dans les pays à ressources faibles et moyennes, et reflète la façon dont le Programme des Monographies a élargi la portée et la dimension de ses travaux.

1 Voir les définitions dans l’Annexe ci-dessous
2 La biomasse comprend le bois, le charbon de bois, les bouses et les résidus végétaux non traités.


ANNEXE : LES MONOGRAPHIES DU CIRC

POUR PLUS D’INFORMATION

Contacter le Dr Nicolas Gaudin, Chef du Groupe Communication du CIRC.

Le résumé de l’évaluation réalisée par le Groupe de Travail sur ce sujet sera place prochainement sur le site internet du Programme des Monographies. On trouvera des détails dans le numéro du 1er décembre de The Lancet Oncology.






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