COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 174
7 février 2007 


Nouveaux chiffres du cancer en Europe :
le CIRC lance un appel pour la prévention du cancer en Europe


Depuis 2004, date à laquelle le CIRC publiait la dernière mise à jour des estimations du cancer en Europe, le fardeau lié au cancer ne s’est pas allégé : le nombre de nouveaux cas diagnostiqués chaque année en Europe a augmenté de 300 000 selon les nouvelles estimations publiées par le CIRC dans les Annals of Oncology du mercredi 7 février 2007 [1].

L’Agence de Recherche sur le Cancer de l’Organisation mondiale de la Santé estime qu’en 2006, il y avait 3,2 millions de nouveaux cas de cancer (par rapport à 2,9 millions en 2004) et 1,7 million de décès liés au cancer dans la totalité de l’Europe. Les 25 pays de l’Union européenne représentaient près de 2,3 millions de nouveaux cas et plus d’un million de décès par cancer [2].

Le Dr Peter Boyle, Directeur du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) à Lyon (France), co-auteur de ce rapport avec ses collègues du CIRC, prévient qu’en dépit d’une meilleure prévention et de meilleurs traitements, l’Europe fait face à une augmentation majeure du fardeau du cancer, principalement en raison du vieillissement de la population. Selon le Dr Boyle : "il est urgent et vital de mettre en œuvre des mesures fortes et efficaces contre le cancer, notamment en Europe centrale et de l’Est, pour juguler l’épidémie de tabagisme et de développer des programmes de dépistage les plus larges possible pour les cancers du sein, du col utérin et du côlon-rectum".  "L’alimentation et l’exercice physique", poursuit-il, "sont tout aussi importants pour aider les populations européennes à réduire des niveaux d’obésité qui montent en flèche et le risque de cancers particulièrement meurtriers, comme le cancer colorectal, et de maladies cardiovasculaires, entre autres."

Si l’on peut estimer qu’une meilleure longévité est un progrès majeur du siècle passé, obtenu grâce à des avancées indéniables dans de nombreux domaines, y compris l’hygiène, la lutte contre les infections et les progrès technologiques, ainsi qu’à un net recul des maladies transmissibles en Europe, entre autres, ces progrès sont contrebalancés par un lourd fardeau de maladies traditionnellement associées au vieillissement, dont le cancer est une des composantes importantes. Les auteurs préviennent notamment que le vieillissement de la population européenne se traduit par le fait que, même si les taux d’incidence et de mortalité pour des groupes d’âge spécifiques demeurent constants, les chiffres du cancer continueront à augmenter.

En outre, les facteurs de risque de cancer liés au mode de vie, comme l’absence d’exercice physique, une alimentation déséquilibrée et en tout premier lieu le tabagisme, pèsent lourd sur des niveaux de fond déjà élevés de certaines pathologies cancéreuses.

3,2 millions nouveaux cas de cancer par an

Les chercheurs du CIRC ont estimé que 3 191 600 nouveaux cas de cancer avaient été diagnostiqués en 2006 (hormis le cancer cutané non mélanome) et estimé à 1 703 000 le nombre de décès liés au cancer. Sur ces nouveaux cas, 53% affectaient les hommes et 47% les femmes, et sur les décès par cancer, 56% touchaient les hommes et 44% les femmes.

Les cancers du sein, du côlon-rectum et du poumon les plus fréquents

Depuis les dernières estimations pour 2004, le cancer du sein est à présent devenu le cancer le plus fréquemment diagnostiqué globalement, avec 429 900 nouveaux cas en 2006 (13,5% de tous les cas de cancer), avant le cancer du poumon. Il était suivi par le cancer colorectal (412 900 cas, ou 12,9%) et le cancer du poumon (386 300 cas, ou 12,1%).

D’après le Dr Boyle, "l’augmentation de l’incidence du cancer du sein est principalement due à un meilleur dépistage, à un stade plus précoce". "La rapide conséquence de programmes de dépistage est une forte augmentation des chiffres d’incidence, qui ont bondi de 16% depuis 2004." "Mais", ajoute-t-il, "ce qui est préoccupant, c’est que les décès par cancer du sein continuent leur progression et, en dépit des programmes de dépistage, les décès liés à ce cancer continuent d’augmenter (plus 1 900 décès, par rapport aux 130 000 enregistrés en 2004) en raison du vieillissement de la population.

Cancers du poumon et du côlon-rectum les plus meurtriers

Cancer du poumon

Le cancer du poumon demeure le plus meurtrier de tous, avec 334 800 décès estimés en 2006 (19,7% du nombre total de décès par cancer), suivi par le cancer colorectal (207 400 décès), le cancer du sein (131 900 décès) et le cancer de l’estomac (118 200 décès). Le Dr Boyle poursuit : “Comme nous le savons tous aujourd’hui, la majorité écrasante des cancers du poumon est provoquée par le tabagisme et la lutte contre le tabac est donc clairement une priorité absolue dans l’Union européenne, non seulement pour ce qui est des hommes, notamment en Europe centrale et de l’Est, mais de plus en plus en direction des femmes, et notamment en Europe du Nord”.

Cancer colorectal

La deuxième cause la plus fréquente de décès par cancer chez les hommes comme chez les femmes était le cancer colorectal. Le Dr Boyle précise que : "Les progrès en matière de réduction du cancer colorectal sont très lents; le nombre de décès a augmenté de 1,8% depuis nos précédentes estimations de 2004. Nous devons par conséquent avancer dans deux directions. La première est que nous avons besoin de mieux connaître le rôle que jouent des modes de vie plus sains, y compris une alimentation équilibrée, davantage d’activité physique et l’évitement de l’obésité. En second lieu, puisque le dépistage du cancer colorectal s’est révélé efficace, nous devons organiser des programmes de dépistage de ce cancer dans toute l’Europe”.

Les taux de cancer de l’estomac toujours en diminution, mais de façon inégale

La mortalité par cancer de l’estomac a continué à diminuer chez les hommes comme chez les femmes dans toute l’Europe, principalement grâce à une meilleure conservation des aliments, une meilleure nutrition et une meilleure lutte contre l’infection par la bactérie helicobacter pylori. Ce cancer représente 5,6% de tous les nouveaux cas de cancer (5,9% en 2004) et 7,4% de tous les décès par cancer (8,1% en 2004). “La situation est cependant différente dans les pays d’Europe orientale, ce qui reflète probablement un niveau de vie plus faible, une alimentation plus pauvre en fruits et légumes frais et des taux plus élevés d’infection par helicobacter pylori”, selon le Dr Boyle.

Des efforts nécessaires en matière de dépistage

"Des programmes de dépistage efficaces et menés au sein de la population sont essentiels, si nous voulons faire des progrès en matière de cancer", insiste le Dr Boyle.

      

Prostate

Chez les hommes, l’utilisation très large de tests du PSA (Prostate Specific Antigen) a le même effet sur le nombre de cancers de la prostate décelés que la mammographie sur le nombre de cancers du sein chez les femmes; le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent diagnostiqué chez les hommes (345 900, ou 20,3% du total chez les hommes), suivi par le cancer du poumon (292 200, ou 17,2% chez les hommes) et le cancer colorectal (217 400, ou 12,8% chez les hommes). Le Dr Boyle ajoute qu'“en dépit d’une utilisation très répandue des tests PSA dans de nombreux pays européens, le nombre de décès par cancer de la prostate a augmenté d’environ 16% depuis 1995 en raison principalement de la rapide augmentation du nombre d’hommes atteignant des âges avancés. Il est essentiel de réaliser une évaluation scientifique de l’efficacité du test PSA comme test de dépistage”. D’autres efforts sont par conséquent nécessaires.

Cancer colorectal

"Puisque le dépistage du cancer colorectal s’est révélé efficace, il faut mettre en œuvre des programmes de dépistage de ce cancer dans tout le continent", a-t-il ajouté.

Cancer du col utérin

Dans les 25 Etats Membres de l’Union européenne, on estime que 23 600 femmes sont décédées d’un cancer de l’utérus en 2006, pour 46 600 décès dans la totalité de l’Europe. “Le nombre d’années de vie perdues pourrait être réduit chez les femmes vivant dans les pays d’Europe centrale et de l’Est si des programmes de dépistage du cancer du col efficaces étaient mis en place au niveau national”, poursuit le Dr Boyle.

Il conclut : “Jusqu’à ce que l’Europe soit couverte par un réseau de registres nationaux du cancer, on ne pourra fournir que des estimations du fardeau européen du cancer. Mais le fardeau croissant de l’incidence du cancer en Europe entre 2004 et 2006, qui a augmenté de 300 000 pour atteindre 3,2 millions de nouveaux cas, démontre l’impact du vieillissement de la population européenne et souligne le besoin urgent d’action en matière de lutte contre le cancer en Europe.”

Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) fait partie de l'Organisation mondiale de la Santé. Sa mission consiste à coordonner et à mener des recherches sur les causes du cancer humain, sur les mécanismes de la cancérogenèse, et à élaborer des stratégies scientifiques de lutte contre le cancer. Le mandat du Centre international de Recherche sur le cancer est de coordonner les efforts de recherche internationaux pour tirer profit des synergies et de diffuser l'information scientifique grâce à des publications, des conférences, des cours et des bourses d'études.

[1]Annals of Oncology (http://www.annonc.oupjournals.org) est la revue mensuelle de la Société européenne d’Oncologie médicale (http://www.esmo.org/). Merci de citer la revue comme source dans toutes les recensions et citations.

A partir du 7 février 2007, l'article en référence se trouve à l'adresse :
http://annonc.oxfordjournals.org/cgi/content/full/mdl498v1

Il est possible de se procurer une version en format .PDF de cet article auprès de Emma Mason à : http://www.oxfordjournals.org/our_journals/annonc/press_releases/freepdf/mdl498.pdf.


[2] L'Union européenne comptait en 2006 l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, Chypre, le Danemark, l'Espagne, l'Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l'Irlande, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède. L'Europe comprenait les vingt-cinq pays membres de l'Union plus l'Albanie, le Bélarus, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, la Fédération de Russie, l'Islande, la Macédoine, la Moldavie, la Norvège, la Roumanie, la Serbie et Monténégro, la Suisse et l'Ukraine.


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