COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 175
28 mars 2007 


LES CANCERS COLORECTAUX ET DU SEIN SONT ASSOCIES A LA CONSOMMATION D'ALCOOL, PREVIENT LE CIRC


La consommation d'alcool est connue depuis longtemps pour provoquer des cancers de la cavité buccale, du pharynx, du larynx, de l'œsophage et du foie (Volume 44 des Monographies du CIRC, 1988). L'addition à cette liste du cancer du sein et du cancer colorectal, deux des cancers les plus fréquents dans le monde, indique que le fardeau du cancer imputable à la consommation d'alcool est plus lourd qu'on ne pensait jusque là. "Les données scientifiques établissant un lien entre la consommation d'alcool et un risque accru de cancer continuent de s'accumuler, de même que celles qui montrent la part qu'occupe cette consommation d'alcool dans le fardeau mondial du cancer. L'association claire et nette entre un risque accru de cancer du sein et des niveaux de consommation d'alcool mêmes faibles est une source de préoccupation majeure, notamment au vu de l'évolution des habitudes de consommation d'alcool chez les femmes dans de nombreux pays. Les actions de santé publique contre la consommation d'alcool, notamment une consommation excessive, doivent être renforcées", a déclaré le Dr Peter Boyle, Directeur du Centre international de Recherche sur le Cancer (IARC), l'agence de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la Santé.

La dernière en date des évaluations du Programme des Monographies du CIRC
En février 2007, 26 chercheurs venus de 15 pays différents se sont réunis au CIRC à Lyon (France), pour procéder à la ré-évaluation de la cancérogénicité des boissons alcooliques. Cette évaluation constituera le volume 96 de la série des Monographies du CIRC. Un résumé de cette réunion paraît aujourd'hui dans The Lancet Oncology (Carcinogenicity of alcoholic beverages, Robert Baan et coll., Policy Watch, The Lancet Oncology, Volume 8, Issue 4 , April 2007, Pages 292-293) et sur le site internet du Programme.

L'alcool l'un des dix principaux risques pour la santé
Bien qu'une consommation modérée d'alcool ait certains effets bénéfiques pour la santé, l'OMS a identifié la consommation d'alcool comme étant l'un des 10 premiers facteurs de risque dans le fardeau mondial de la maladie. En 2002, on estimait à plus de 1900 millions de personnes (>=15 ans d'âge) dans le monde le nombre de consommateurs réguliers d'alcool, avec une consommation quotidienne moyenne de 13 g d'éthanol (un verre environ).

La consommation la plus élevée en Europe - en augmentation en Asie
En général, les hommes boivent de l'alcool plus souvent et en plus grande quantité que les femmes. D'après les chiffres de production, c'est en Europe orientale que la consommation par tête est la plus élevée. En Afrique, en Amérique du Sud et en Asie, la consommation d'alcool est comparativement plus faible, mais une proportion importante d'alcool est produite localement et reste inconnue pour les statistiques. Ces 40 dernières années, la consommation d'alcool est restée stable dans la plupart des régions du monde, sauf dans le Pacifique occidental -en Chine principalement- où elle a pratiquement quintuplé.

Organes ciblés
Le Groupe de Travail a passé en revue les publications épidémiologiques sur la possible association entre la consommation d'alcool et le cancer sur 27 localisations anatomiques.
Une association de cause à effet avec la consommation d'alcool a été établie pour les cancers suivants :

 
Cancers de la cavité buccale, du pharynx, du larynx et de l'œsophage
De nombreuses études de conception différente menées dans différentes populations dans le monde ont montré de façon concordante qu'une consommation régulière d'alcool est associée à une augmentation du risque des cancers de la cavité buccale, du pharynx, du larynx et de l'œsophage. Une consommation quotidienne d'environ 50 g d'alcool augmente le risque de ces cancers d'un facteur 2 à 3, par rapport au risque des non-buveurs.

Cancer du foie
Un grand nombre d'études cas-témoins et de cohorte apportent des données solides montrant que la consommation d'alcool est un facteur de risque indépendant pour le cancer primitif du foie. La cirrhose et d'autres maladies hépatiques surviennent souvent avant que le cancer ne devienne manifeste et les patients atteints par ces maladies réduisent en général leur consommation. L'effet de la consommation d'alcool sur le risque de cancer du foie est par conséquent difficile à quantifier.

Cancer du sein
Plus d'une centaine d'études épidémiologiques qui cherchaient à évaluer l'association entre consommation d'alcool et cancer du sein chez la femme ont mis en évidence de façon régulière et concordante une augmentation du risque parallèle à l'augmentation de la consommation. Une analyse d'ensemble de 53 études portant sur plus de 58 000 femmes atteintes d'un cancer du sein a montré qu'une consommation quotidienne de 50 g d'alcool est associée à un risque relatif d'environ 1,5 (intervalle de confiance à 95%, 1,3-1,6), par rapport au risque des non-buveuses. Même pour une consommation régulière de 18 g d'alcool par jour, il existe une augmentation modeste mais statistiquement significative du risque relatif.

Cancer colorectal
L'association entre consommation d'alcool et cancer colorectal a fait l'objet de plus de 50 études prospectives et cas-témoins. Les résultats rassemblés de huit études de cohorte et les données de récentes méta-analyses apportent des indications d'une augmentation du risque relatif d'environ 1,4 pour le cancer colorectal pour une consommation régulière d'environ 50 g d'alcool par jour, par rapport au risque des non-buveurs. Cette association semble être semblable pour le cancer du côlon et pour le cancer rectal.

Augmentation de risque

 
Localisation organique
Augmentation du risque relatif pour une consommation de 50 g/jour
Cavité buccale, pharynx, larynx, œsophage
2 à 3 x
Foie
Difficile à quantifier
Sein
1,5 x
Colon-rectum
1,4 x

De plus, dans les populations qui, génétiquement, ont une déficience d'activité d'une enzyme intervenant dans le métabolisme de l'éthanol, des risques de cancer beaucoup plus élevés ont été rapportés, notamment de cancer de l'œsophage, après consommation d'alcool, par rapport aux populations chez lesquelles cette enzyme est pleinement fonctionnelle. Cette carence enzymatique, particulièrement prévalente dans les populations d'Asie de l'Est, provoque un violent rougissement, une gêne physique et de sévères réactions toxiques.

Le risque est lié à l'alcool, pas au type de boisson
Ces associations ayant été observées avec différents types de boissons alcooliques, et étant donné la cancérogénicité de l'éthanol chez l'animal, l'éthanol dans les boissons alcooliques a été classé comme "cancérogène pour l'homme (Groupe 1)".

Alcool + Tabac = risque multiplié
Les effets néfastes de l'alcool et du tabac ne s'ajoutent pas simplement les uns aux autres, mais semblent se multiplier.

"Le message essentiel à retenir est simple" a déclaré le Dr Boyle en conclusion : "Si vous buvez de l'alcool, vous devez boire avec modération, et en tout état de cause, vous devez vous abstenir du tabac".


Pour plus d'information
Voir le site internet du CIRC, http://www.iarc.fr/, ou celui du Programme des Monographies, http://monographs.iarc.fr/.
The Lancet Oncology publie un résumé de cette évaluation dans sa section Policy Watch du 1er avril 2007





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