COMMUNIQUE DE PRESSE
N° 179
03 août 2007

Le dépistage par inspection visuelle du col utérin est efficace pour réduire le nombre des cancers du col utérin, selon le CIRC

Le dépistage par inspection visuelle du col utérin peut faire diminuer le nombre de cancers du col de l'utérus, selon un rapport que publient aujourd'hui les chercheurs du CIRC en collaboration avec des chercheurs Indiens dans The Lancet.

Le cancer du col utérin est le cancer le plus fréquent chez les femmes dans les pays aux ressources les plus faibles, 85% du fardeau mondial du cancer du col (493 000 cas et 273 000 décès) se trouvant actuellement dans les pays en développement. “Le cancer du col utérin est un problème majeur pour la santé publique dans le monde” selon le Dr Peter Boyle, Directeur du CIRC.

Cervix uteri
Age-Standardized incidence rate per 100,000

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Le dépistage encore nécessaire
Si de nouveaux vaccins ont récemment été lancés, qui permettront de prévenir l'infection par les deux types principaux du virus du papillome humain (VPH) responsables du développement du cancer du col utérin, la prévention de ce cancer devra encore s'appuyer sur la détection précoce pour un certain nombre d'années avant qu'une réduction substantielle de l'incidence et de la mortalité puisse se dégager après des campagnes de vaccination efficaces et financièrement abordables.

Toutes les populations ne sont pas égales devant les tests de dépistage
Depuis plusieurs dizaines d'années maintenant, on reconnait le test de Papanicolaou ("le frottis") comme un test sûr, fiable et efficace pour la détection du cancer du col et des lésions précancéreuses. "Cependant, étant donné les ressources et la logistique existantes, il est impossible à l'heure actuelle de mettre en œuvre le frottis vaginal dans toutes les régions du monde", d'après le Dr Sankaranarayanan, principal auteur de l'étude. "Sur le terrain," a-t-il ajouté, "dans les régions à faibles ressources où le cancer du col est très fréquent, nous devons mettre en œuvre une approche pratique en matière de dépistage et de détection précoce."

Pour cette raison, le Dr Sankaranarayanan et ses collègues ont entrepris un essai contrôlé randomisé d'une technique simple, connue comme le dépistage par inspection visuelle, qui suppose l'application d'acide acétique (à 4%) et l'inspection visuelle à l'œil nu à la recherche de zones acidophiles, caractéristiques des lésions précancéreuses.

Adapter les méthodes de dépistage aux différentes situations
Dans cette perspective, a ajouté le Dr Boyle, “les efforts menés par le Dr Sankaranarayanan et ses collègues1 revêtent une importance énorme en matière de santé publique en démontrant la validité, l'efficacité et l'opportunité d'approches de faible technicité en matière de prévention du cancer”.

Il s'agit là de l'essai contrôlé randomisé de la plus grande envergure mené sur le dépistage par inspection visuelle de lésions cervicales dans un milieu à faibles ressources, mené en Inde rurale depuis l'an 2000, à l'aide d'une approche de faible technicité. La portée de cet essai est très large : plus de 30 000 femmes ont été dépistées, contre environ le même nombre de femmes témoins. Ces résultats proviennent d'une étude rigoureuse, conçue pour apporter des indications scientifiques fortes et qui a bénéficié de la contribution et de l'approbation de comités d'éthique. L'enregistrement systématique des cas de cancer de la totalité du district de Dindigul par le Dindigul Ambilikkai Cancer Registry a par ailleurs joue un rôle important dans l'évaluation de cette étude.

Résultats
“Cette étude donne un certain nombre de résultats dont les implications sont très importantes” a dit le Dr Boyle. ”Nous avons maintenant la preuve d'après un essai randomisé de ce que le dépistage à l'aide de l'inspection visuelle après application d'acide acétique à 4% (IVA), en présence d'un traitement efficace pour les lésions dépistées, est efficace pour réduire l'incidence et la mortalité par cancer du col utérin”.

Au cours de la période d'étude, 31 343 femmes ont été dépistées par VIA. On a diagnostiqué des lésions précancéreuses chez 1874 d'entre elles, et 72% ont reçu un traitement; 167 cas de cancer du col utérin, et 83 décès par ce cancer ont été observés, par rapport à 158 cas et à 92 décès dans le groupe témoin entre 2000 et 2006 (c'est-à-dire que les femmes dépistées par IVA avaient 25% de chances de moins d'avoir un diagnostic de cancer du col que celles n'étant pas dépistées, et avaient 35% de chances de moins d'en décéder).

Conclusions
L'étude a conclu que le dépistage par IVA, en présence d'une bonne formation des personnels de santé et d'une assurance-qualité durable, est une méthode efficace pour prévenir le cancer du col utérin dans les pays en développement.

"L'IVA offre un avantage en temps réel par rapport aux autres méthodes de dépistage, notamment dans les régions à faibles ressources, avec le progrès très net de proposer un diagnostic et un traitement rapide immédiatement après, réduisant au minimum les perdus de vue. En outre, un grand nombre de personnels de soins de santé peuvent le réaliser, à partir du niveau infirmier", selon le Dr Jacob Cherian, Directeur du Christian Fellowship Community Health Centre, à Ambillikai (Inde).

Le Dr Sankaranarayanan souligne que “La clé du succès consiste à apporter une formation hautement efficace au personnel et à faire en sorte que les normes de contrôle-qualité sont en place tout au long de la procédure”.

Recommandations
“Si les situations locales diffèrent grandement entre les différentes nations à faibles ressources, il est vital de mettre sur pied des programmes organisés de dépistage dans la population, parallèlement à des programmes de vaccination, si nous souhaitons avoir un impact significatif sur l'incidence et la mortalité liées à ce cancer si fréquent”, a conclu le Dr Esmy, Chercheur principal au Christian Fellowship Community Health Centre d'Ambillikai (Inde).

Remerciements
Cette importante étude a été rendue possible grâce à une collaboration active avec le Cancer Institute (WIA) à Chennai, le PSG Institute of Medical Sciences à Coimbatore, et avec les services sanitaires administratifs du district de Dindigul (Inde). Cette étude a bénéficié du soutien d'une subvention de la Fondation Bill & Melinda Gates par l'intermédiaire de l'Alliance pour la Prévention du Cancer du Col utérin (ACCP), un groupe de cinq organisations internationales partageant l'objectif d'œuvrer à prévenir le cancer du col utérin dans les pays en développement.


1 Effect of visual screening on cervical cancer incidence and mortality in Tamil Nadu, India: a cluster-randomised trial, by Rengaswamy Sankaranarayanan, Pulikkottil Okkuru Esmy, Rajamanickam Rajkumar, Richard Muwonge, Rajaraman Swaminathan, Sivanandam Shanthakumari, Jean Marie Fayette, Jacob Cherian, dans The Lancet, 4 août 2007.


Pour plus d'information, contacter le Dr Sankaranarayanan, à .




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