PRESS RELEASE
N° 195
02 avril 2009 

Le dépistage du cancer du col utérin par test VPH sauve des vies en Inde rurale

Le dépistage à l'aide d'un test de détection de l'ADN du virus du papillome humain (VPH), qui décèle une infection virale provoquant le cancer, peut réduire le nombre de cas de cancers avancés et les décès qui y sont liés, selon un rapport publié aujourd'hui dans le New England Journal of Medicine par le Centre international de Recherche sur le Cancer en collaboration avec des chercheurs indiens.

Le cancer du col utérin est un problème de santé publique majeur au plan mondial, qui affecte les populations socio-économiquement défavorisées. C'est le cancer le plus fréquent chez les femmes des pays à faibles ressources, où sont concentrés 85% du fardeau mondial du cancer du col utérin, avec environ 493 000 cas et 273 000 décès par an. Si des vaccins contre le VPH ont été récemment lancés pour prévenir l'infection par les deux types les plus importants de VPH provoquant le cancer du col, la prévention de ce cancer devra encore reposer sur la détection précoce des lésions précurseurs de cancer par dépistage pendant plusieurs années avant que le plein impact de programmes de vaccination efficaces et abordables se fasse sentir. "Il est urgent de prévenir les décès par cancer du col dans le monde en développement pour réduire les disparités et améliorer la santé des femmes", a déclaré le Dr Christopher Wild, Directeur du CIRC. On sait depuis plusieurs dizaines d'années que l'utilisation très répandue du frottis de Papanicolaou pour le dépistage a permis de réduire de façon substantielle les décès par cancer du col dans les pays développés. "Cependant, le dépistage par frottis n'a pas eu un succès constant pour la prévention des décès par cancer du col dans de nombreuses régions du monde, notamment dans les pays à ressources faibles et moyennes, en raison de difficultés particulières liées à la qualité des tests et au suivi des femmes positives", selon le Dr Wild.

Reconnaissant la nécessité d'une approche plus pratique et efficace en matière de dépistage et de détection précoce du cancer du col dans les pays en développement, le Dr Rengaswamy Sankaranarayanan, Chef du Groupe Dépistage au CIRC, épaulé en Inde par le Dr Bhagwan Nene et ses collègues du Nargis Dutt Memorial Cancer Hospital (NDMCH) de Barshi et par le Dr Surendra Shastri et ses collègues du Tata Memorial Centre (TMC) de Mumbai, a entrepris un grand essai contrôlé randomisé dans le district reculé d’Osmanabad dans l’Etat de Maharashtra. 131 806 femmes saines, âgées de 30 à 59 ans, ont été invitées à prendre part à l’étude; 32 000 à 34 000 femmes ont été affectées de façon aléatoire (“randomisées”) à un groupe bénéficiant d’un dépistage unique par test de recherche de l’ADN du VPH, par inspection visuelle du col après application d’acide acétique à 4% (VIA) ou encore par frottis. On a ensuite comparé les cas et les décès par cancer du col dans ce groupe aux cas et décès affectant les 31 500 femmes d’un autre groupe de femmes, ne bénéficiant, lui, que des soins usuels et de l’éducation sanitaire. Les femmes positives à l’un ou l’autre des tests de dépistage ont bénéficié ensuite d’une colposcopie et de biopsies et celles atteintes d’un pré-cancer du col et d’un cancer ont reçu un traitement approprié.

Dans cette perspective, "l'effort conjoint du CIRC, du Nargis Dutt Memorial Cancer Hospital et du Tata Memorial Centre et de leurs chercheurs prend une importance de santé publique absolument énorme pour démontrer l'objectivité, l'utilité et l'efficacité comparative des différentes approches de dépistage en matière de prévention du cancer du col dans les pays à ressources faibles et moyennesÓ selon le Dr Rajan Badwe, Directeur du Tata Memorial Centre.

Il s’agit du plus grand essai contrôlé randomisé de ces trois méthodes de dépistage du cancer du col dans un milieu à faibles ressources, réalisé en Inde rurale entre l’année 2000 et aujourd’hui. Le Dr Sankaranarayanan et ses collègues ont mis en évidence le fait que le test de recherche de l’ADN du VPH était plus objectif et prévenait davantage de cancers avancés et de décès par cancer, par rapport à un groupe de femmes non dépistées, que le frottis ou l’inspection visuelle. Moins de cancers ultérieurs ont été diagnostiqués chez les femmes négatives pour le test de recherche du VPH que chez les femmes dépistées par frottis ou par inspection visuelle. “La réduction significative des cancers avancés et des décès par cancers du col à la suite d’un seul test de recherche du VPH vient de ce que le dépistage par recherche du VPH permet de déceler davantage de lésions précancéreuses ayant un potentiel élevé de se développer en cancer que celles qui sont décelées par le dépistage visuel ou le frottis” a indiqué le Dr Sankaranarayanan.

“Ces resultats sont tirés d’une étude rigoureuse, conçue pour apporter des indications scientifiques fortes, et ont bénéficié d’une importante coopération au niveau communautaire, de la part de comités d’éthique et d’un enregistrement systématique de cas de cancers du col utérin dans le district d’Osmanabad”, a precisé le Dr B. Nene, Directeur du Nargis Dutt Memorial Cancer Hospital .

Les chercheurs disposaient des données complètes portant sur 131 746 femmes, pour qui ils ont analysé l’incidence du cancer du col et la mortalité attachée à ce cancer. Les résultats ont mis en évidence 127 cas de cancers du col, 39 cancers avancés et 34 décès par cancer du col dans le groupe dépisté par recherche du VPH; 152 cas de cancers du col, 58 cancers avancés, et 54 décès dans le groupe dépisté par frottis; 157 cas de cancers du col, 86 cancers avancés et 56 décès dans le groupe dépisté par inspection visuelle par rapport à 118 cas de cancers du col, 82 cancers avancés et 64 décès dans le groupe témoin non dépisté. Ces résultats ne montrent aucune réduction significative des cancers avancés ou des décès par cancer du col à la suite de la VIA ou du dépistage par frottis, tandis qu’une réduction significative des cancers du col avancés et des décès suivait un seul test de recherche du VPH dans ce milieu à faibles ressources. “Ces études montrent un nombre d’importants résultats dont les conséquences sont très importantes pour tous les pays du monde, y compris les pays developpés”, a conclu le Dr Wild.

Le développement parallèle de tests rapides, précis et abordables de tests de dépistage du VPH, qui puissent être utilisés dans les pays en développement, fait du test de recherche de l’ADN du VPH une approche de dépistage applicable dans des milieux à faibles ressources et devrait se combiner avec les progrès à venir en matière de vaccins efficaces et abordables pour prévenir l’infection par les deux types majeurs de VPH responsables du développement du cancer du col. “Bien que les tests de recherche du VPH évitent la variation et la subjectivité de l’interprétation du test et réduisent les efforts nécessaires en matière d’assurance-qualité, une participation élevée au dépistage et au traitement des pré-cancers et des cancers est absolument essentielle pour que les programmes de dépistage parviennent à réduire le fardeau de la maladie dans tous les milieux”, a précisé le Dr Surendra Shastri, responsable de l’oncologie préventive au Tata Memorial Centre.

Recommandations
Il est de la plus haute importance de mettre sur pied des programmes de dépistage organisés dans les populations à faibles ressources pour réduire le fardeau élevé du cancer du col dans un avenir proche, parallèlement à des programmes de vaccination lorsque l’on dispose d’une vaccination VPH abordable. Pour que le dépistage par détection du VPH soit réalisable, des tests VPH abordables doivent être mis à disposition aussi rapidement que possible.

Remerciements
Cette étude a été menée avec la collaboration active du Nargis Dutt Memorial Cancer Hospital (NDMCH), à Barshi et du Tata Memorial Centre, à Mumbai. L’étude a été soutenue financièrement par une généreuse subvention de la Fondation Bill & Melinda Gates, par l’intermédiaire de l’Alliance pour la prévention du cancer du col utérin (ACCP), un groupe de cinq organisations internationales dont l’objectif commun est d’œuvrer à la prévention du cancer du col utérin dans les pays en développement.

Référence : N Engl J Med 2009;360:1385-94.
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Dr Rengaswamy Sankaranarayanan sankar@iarc.fr

Nicolas Gaudin, IARC Communications com@iarc.fr

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